{"id":150,"date":"2023-06-01T16:23:39","date_gmt":"2023-06-01T14:23:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ecoapres.fr\/?p=150"},"modified":"2023-06-04T11:14:18","modified_gmt":"2023-06-04T09:14:18","slug":"lindustrie-de-defense-francaise-se-met-difficilement-en-mode-economie-de-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ecoapres.fr\/?p=150","title":{"rendered":"L\u2019industrie de d\u00e9fense fran\u00e7aise se met difficilement en mode \u201c\u00e9conomie de guerre\u201d"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La guerre en Ukraine a entra\u00een\u00e9 un changement de doctrine en France. En juin, Emmanuel Macron a invit\u00e9 l\u2019industrie de d\u00e9fense fran\u00e7aise \u00e0 entrer dans \u201cune \u00e9conomie de guerre\u201d. Un an plus tard, des obstacles persistent.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des drones d\u2019\u00e0 peine quelques kilos capables de scruter une cible en silence \u00e0 plusieurs centaines de m\u00e8tres de distance : voil\u00e0 ce que fabrique Eos Technologie, une entreprise cr\u00e9\u00e9e en 2018. A M\u00e9rignac, pr\u00e8s de Bordeaux, une dizaine d\u2019employ\u00e9s travaillent \u00e0 l\u2019assemblage de drones d\u2019observation \u00e0 usage militaire. Leurs clients ? La France et des pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest. <em>\u201cNotre croissance est quasi-exponentielle. Les commandes se succ\u00e8dent\u201d<\/em>, se f\u00e9licite Nicolas Ritter, directeur g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 d\u2019Eos Technologie. La jeune entreprise produit 25 appareils par mois, remplissant sans probl\u00e8me son carnet de commandes. <em>\u201cVu le contexte, on pourrait produire 20 fois plus et on arriverait quand-m\u00eame \u00e0 \u00e9couler notre production, sans probl\u00e8me ! On n\u2019a pas de stocks car tout est imm\u00e9diatement vendu\u201d<\/em>.<br>Le contexte actuel sourit \u00e0 Nicolas Ritter et les siens : le conflit en Ukraine a montr\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 des drones d\u2019observation l\u00e9gers et simples d\u2019utilisation. <em>\u201cAujourd\u2019hui on veut faire du mat\u00e9riel de guerre : c\u2019est fini la joaillerie. Il faut s\u2019adapter aux terrains d\u2019op\u00e9rations en r\u00e9duisant au maximum l\u2019empreinte logistique\u201d<\/em>, explique Nicolas Ritter.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019avenir du drone est prometteur en France car le retard en mati\u00e8re de drones y est cons\u00e9quent. <em>\u201cOn a eu une certaine frilosit\u00e9 sur les munitions rodeuses <\/em>[ndlr : aussi appel\u00e9s drones kamikazes] <em>pendant longtemps en France pour des questions \u00e9thiques\u201d<\/em>. Un retard que veut rattraper la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 qui devrait allouer 5 milliards d\u2019euros sur 6 ans pour l\u2019achat de drones.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u201cVu le contexte, on pourrait produire 20 fois plus et on arriverait quand-m\u00eame \u00e0 \u00e9couler notre production, sans probl\u00e8me !\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>                                        Nicolas Ritter, directeur g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 d\u2019Eos Technologie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Alors, \u00e0 l\u2019id\u00e9e de r\u00e9pondre \u00e0 des besoins plus importants, Nicolas Ritter expose les pistes : <em>\u201cOn aimerait avoir un site de production beaucoup plus grand avec bien plus de salari\u00e9s. Le processus est en cours, nous avons deux pistes : faire une lev\u00e9e de fonds ou s\u2019associer avec un grand groupe industriel\u201d<\/em>, confiant au passage que des discussions sont en cours concernant cette seconde hypoth\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce probable futur d\u00e9veloppement dans les prochaines ann\u00e9es co\u00efncide avec le retour en Europe de la guerre \u00e0 haute intensit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire entre deux nations dont les moyens sont pleinement engag\u00e9s dans le conflit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;agression de la Russie par l\u2019Ukraine a \u00e9t\u00e9 un r\u00e9v\u00e9lateur pour les arm\u00e9es fran\u00e7aises : les stocks sont \u00e0 un niveau tr\u00e8s faible, ce qui explique que les livraisons fran\u00e7aises \u00e0 l\u2019Ukraine sont plus faibles que celles des Pays-Bas, de la Su\u00e8de ou du Danemark par exemple.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u201cAvec la fin de la Guerre Froide, la France est pass\u00e9e d\u2019une logique de quantit\u00e9 \u00e0 une logique de qualit\u00e9\u201d<\/em>, explique L\u00e9o P\u00e9ria-Peign\u00e9, chercheur \u00e0 l\u2019IFRI (Institut Fran\u00e7ais des Relations Internationales) et auteur d\u2019un rapport sur les stocks militaires publi\u00e9 en d\u00e9cembre 2022.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-datawrapper wp-block-embed-datawrapper\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" title=\"Part du PIB fran\u00e7ais consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9fense depuis 1960\" src=\"https:\/\/datawrapper.dwcdn.net\/x4DeL\/2\/#?secret=ffIT3Pa7WM\" data-secret=\"ffIT3Pa7WM\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" height=\"412\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Plusieurs raisons \u00e0 ce changement : la fin de l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une guerre de haute intensit\u00e9 en Europe avec la chute de l\u2019URSS, la professionnalisation de l\u2019arm\u00e9e et une baisse cons\u00e9quente du budget allou\u00e9 \u00e0 la D\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u201c\u00c9conomie de guerre\u201d<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la fin de la Guerre Froide, la BITD (Base Industrielle et Technologique de D\u00e9fense) fran\u00e7aise s\u2019est adapt\u00e9e \u00e0 la nature des op\u00e9rations fran\u00e7aises : des conflits contre des groupes terroristes en Afghanistan ou au Sahel. Ces op\u00e9rations ne n\u00e9cessitent pas une masse de mat\u00e9riel aussi importante qu\u2019une guerre de haute intensit\u00e9. La masse, c\u2019est la quantit\u00e9 de mat\u00e9riel en \u00e9tat de fonctionnement dont dispose une arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des ann\u00e9es, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise est devenue \u00e9chantillonaire : tout est disponible mais en quantit\u00e9 limit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La BITD, qu\u2019est-ce que c\u2019est ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plus souvent d\u00e9sign\u00e9e <em>\u201cindustrie de d\u00e9fense\u201d<\/em>, la Base Industrielle de Technologie et de D\u00e9fense regroupe 4 000 entreprises, de la PME au mastodonte \u00e0 plusieurs milliers de salari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019une organisation structur\u00e9e et hi\u00e9rarchique : la BITD est un terme pour d\u00e9signer des entreprises. Leur point commun ? Leur importance strat\u00e9gique car ils produisent du mat\u00e9riel militaire ou des \u00e9l\u00e9ments utilis\u00e9s par les arm\u00e9es comme des m\u00e9dicaments ou du carburant. Le plus souvent, ces entreprises \u00e0 but militaire ont aussi une activit\u00e9 \u00e0 but civil. En France, la BITD regroupe 200 000 emplois directs et participe positivement \u00e0 la balance commerciale gr\u00e2ce aux exportations, la France \u00e9tant le 3<sup>\u00e8me<\/sup> pays \u00e0 vendre le plus d\u2019armes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019utilisation du terme d\u2019 <em>\u201d\u00e9conomie de guerre\u201d<\/em> par Emmanuel Macron ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Julien Malizard, \u00e9conomiste titulaire adjoint d\u2019une chaire de D\u00e9fense, pr\u00e9f\u00e8re nuancer les propos du Pr\u00e9sident. <em>\u201cLe terme d\u2019\u00e9conomie de guerre renvoie \u00e0 la Premi\u00e8re ou Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Cela se caract\u00e9rise par un effort gigantesque dans la D\u00e9fense car c\u2019est alors essentiel pour la Nation. L\u2019\u00e9conomie \u00e9tait planifi\u00e9e pour des besoins importants et les moyens allou\u00e9s \u00e0 cette production \u00e9taient \u00e9normes. C\u2019\u00e9tait 40 \u00e0 50% du PIB contre 2% aujourd\u2019hui.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9clarations d\u2019Emmanuel Macron paraissent extr\u00eames, c\u2019est que la France part de loin. <em>\u201cCes 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, les questions li\u00e9es aux stocks et \u00e0 la production n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 l\u2019ordre du jour. Les stocks \u00e9taient synonymes de mauvaise gestion et la production ne pr\u00e9sentait pas autant d\u2019int\u00e9r\u00eat que les enjeux de recherche et d\u00e9veloppement. Nous nous rendons compte aujourd\u2019hui que la production a \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9e\u201d<\/em>, admet-t-on du c\u00f4t\u00e9 de la Direction G\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Armement (DGA). <em>\u201cNotre outil industriel sort d\u2019une longue p\u00e9riode de paix au cours de laquelle on a surtout cherch\u00e9 \u00e0 maintenir nos comp\u00e9tences et rentrer dans les budgets\u201d<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u201cCes 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, les questions li\u00e9es aux stocks et \u00e0 la production n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 l\u2019ordre du jour. Les stocks \u00e9taient synonymes de mauvaise gestion\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;                                     <em>Un analyste de la Direction G\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Armement<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les freins au passage \u00e0 \u201cl\u2019\u00e9conomie de guerre\u201d<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La guerre en Ukraine incite les entreprises de d\u00e9fense \u00e0 augmenter leur production. Mais toutes sont-elles capables de monter en cadence ? Produire plus vite en plus grande quantit\u00e9 implique une cha\u00eene de sous-traitance et une capacit\u00e9 d&rsquo;approvisionnement r\u00e9actives. Selon le type d\u2019\u00e9quipement, entre 30 et 70 % de la production provient des sous-traitants.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un entretien accord\u00e9 en f\u00e9vrier dernier, la DGA a rappel\u00e9 sa vigilance sur ce point. <em>\u201cOn travaille beaucoup sur les goulots d\u2019\u00e9tranglement. Sur nos entreprises, cela repr\u00e9sente environ 4 % qui ne sont pas en capacit\u00e9 d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer\u201d<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Yves Traissac, \u00e0 la t\u00eate d\u2019Eurenco France, est t\u00e9moin de ces difficult\u00e9s. Son entreprise fabrique la poudre des canons Caesar. <em>\u201cOn a des tensions sur notre cha\u00eene de sous-traitance, compos\u00e9e de plusieurs centaines d\u2019entreprises. Si on veut produire plus, il faut qu\u2019eux aussi soient en mesure de suivre. Aujourd\u2019hui, une dizaine d&rsquo;entreprises est consid\u00e9r\u00e9e comme \u201ccritique\u201d et 4-5 mati\u00e8res premi\u00e8res sont \u00e0 surveiller<\/em>.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Eurenco a relocalis\u00e9 une partie de sa production de poudre de Su\u00e8de \u00e0 Bergerac, une op\u00e9ration \u00e0 60 millions d\u2019euros. Dans le cadre de ce passage \u00e0 une <em>\u201c\u00e9conomie de guerre\u201d<\/em>, les d\u00e9pendances \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sont particuli\u00e8rement surveill\u00e9es. \u201c<em>Dans les ann\u00e9es 1990, il y a eu une baisse drastique des besoins fran\u00e7ais en poudre, li\u00e9s au contexte international. D\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise de rationaliser au niveau europ\u00e9en et de les produire en Su\u00e8de. Depuis quelques ann\u00e9es, les stocks ont diminu\u00e9 alors que les risques ont augment\u00e9. Donc les pays europ\u00e9ens ont voulu reconstituer des stocks. La France s\u2019est rendue compte de ses difficult\u00e9s et d\u2019une certaine incapacit\u00e9 car il y avait d\u00e9pendance avec l\u2019\u00e9tranger\u201d<\/em>, explique Yves Traissac.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u201cCertaines d\u00e9pendances \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sont accept\u00e9es\u201d<\/em>, reconna\u00eet un analyste de la DGA. Le minist\u00e8re des Arm\u00e9es rapporte que 7 projets de relocalisation ont \u00e9t\u00e9 retenus, sans \u00eatre en mesure pour l\u2019instant de communiquer plus en d\u00e9tail : <em>\u201cLa recr\u00e9ation d\u2019une fili\u00e8re prend du temps et co\u00fbte de l\u2019argent. On a un cadre budg\u00e9taire, il faut faire des choix sur ce qui est essentiel.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Selon Rapha\u00ebl Danino-Perraud, chercheur \u00e0 l\u2019IFRI, l\u2019Union Europ\u00e9enne d\u00e9pend \u00e0 97% d\u2019approvisionnements ext\u00e9rieurs pour 27 mati\u00e8res premi\u00e8res jug\u00e9es <em>\u201ccritiques\u201d.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Autre frein constat\u00e9 par la Direction G\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Armement \u00e0 la mont\u00e9e en puissance, le manque de main d&rsquo;\u0153uvre. <em>\u201cIl y a une n\u00e9cessit\u00e9 de rendre les m\u00e9tiers de la d\u00e9fense plus attractifs en mettant en avant l\u2019int\u00e9r\u00eat, les valeurs mais surtout par le salaire. Il s\u2019agit d\u2019une probl\u00e9matique remont\u00e9e massivement par les industriels.\u201d<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi eux, Aresia, une entreprise bas\u00e9e dans le Nord, qui fabrique des bombes de plusieurs centaines de kilos. <em>\u201cLes recrutements demeurent difficiles. Il y a en particulier un d\u00e9fi pour notre industrie dont l\u2019image a souffert pendant plusieurs ann\u00e9es\u201d<\/em>, t\u00e9moigne Bruno Berthet, PDG d\u2019Aresia.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/ecoapres.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/B9733997509Z.1_20230412154658_000GDCMGN0EQ.3-0-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-152\" srcset=\"https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/B9733997509Z.1_20230412154658_000GDCMGN0EQ.3-0-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/B9733997509Z.1_20230412154658_000GDCMGN0EQ.3-0-300x169.jpg 300w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/B9733997509Z.1_20230412154658_000GDCMGN0EQ.3-0-768x432.jpg 768w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/B9733997509Z.1_20230412154658_000GDCMGN0EQ.3-0-1200x675.jpg 1200w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/B9733997509Z.1_20230412154658_000GDCMGN0EQ.3-0.jpg 1350w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Aresia emploie pr\u00e8s de 700 personnes en France. Leur ambition : produire 3 000 bombes par an. Cr\u00e9dits : Baziz Chibane\/La Voix du Nord<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le probl\u00e8me des investissements<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces besoins nouveaux, il faut de l\u2019argent. Probl\u00e8me, les banques fran\u00e7aises sont peu enclines \u00e0 accorder des cr\u00e9dits \u00e0 la BITD. Une probl\u00e9matique remont\u00e9e par Christophe Plassard, d\u00e9put\u00e9 <em>Horizons<\/em>, auteur d\u2019un rapport sur <em>\u201cl\u2019\u00e9conomie de guerre\u201d<\/em>, publi\u00e9 en mars. <em>\u201cIl y a un grand probl\u00e8me pour l\u2019acc\u00e8s au financement pour pas mal de PME ou ETI. A cause de la pression d\u2019ONG notamment, les banques ont peur pour leur r\u00e9putation\u201d<\/em>, explique-t-il. <em>\u201cIl y a deux ans, le rapport Thierot pr\u00e9conisait la nomination d\u2019un r\u00e9f\u00e9rent D\u00e9fense dans chaque banque. Je ne suis pas persuad\u00e9 que ce soit le cas aujourd\u2019hui. R\u00e9sultat, les TPE et PME n\u2019ont pas d\u2019interlocuteurs qui ma\u00eetrisent les sp\u00e9cificit\u00e9s de la d\u00e9fense\u201d<\/em>, poursuit le d\u00e9put\u00e9. La situation est suivie par le minist\u00e8re des Arm\u00e9es qui fait part <em>\u201cd\u2019un dialogue avec l\u2019ensemble du r\u00e9seau bancaire pour maintenir leur app\u00e9tence \u00e0 investir dans la D\u00e9fense.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et quand ce n\u2019est l\u2019argent qui pose probl\u00e8me, c\u2019est l\u2019administratif qui peut poser probl\u00e8me. Lors de son audition \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, Emmanuel Chiva, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019armement, a \u00e9voqu\u00e9 les leviers pour faciliter le travail des entreprises de d\u00e9fense. Parmi les pistes, <em>\u201cun objectif de r\u00e9duction de la documentation de 20 %\u201d<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une aubaine pour les industriels qui sont nombreux \u00e0 se plaindre des lourdeurs administratives. <em>\u201cOn est submerg\u00e9 par la paperasse. Une analyse pour faire d\u00e9coller un drone, c\u2019est un dossier de 280 pages qui va mobiliser au moins deux personnes\u201d,<\/em> s\u2019agace Nicolas Ritter, chez Eos Technologie. M\u00eame irritation pour Yves Traissac d\u2019Eurenco : <em>\u201cIl y a des d\u00e9lais administratifs particuli\u00e8rement longs. Par exemple, une \u00e9tude d\u2019un an pour \u00e9tudier l\u2019impact d\u2019une usine sur la faune et la flore est compr\u00e9hensible en temps de paix, mais pas aujourd\u2019hui. Pour l\u2019instant ces contraintes n\u2019ont pas chang\u00e9 et font partie de ce qui nous emp\u00eache de produire plus aujourd\u2019hui.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup d\u2019obstacles \u00e0 une production accrue que la Loi de Programmation Militaire (LPM) peine \u00e0 r\u00e9gler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une Loi de Programmation Militaire \u00e0 la hauteur&nbsp;des d\u00e9clarations ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La D\u00e9fense fran\u00e7aise devrait disposer de 413 milliards d\u2019euros sur 6 ans, dans le cadre de la LPM (2024-2030). Un chiffre record mais \u00e0 nuancer : 30 milliards d\u2019euros seront engloutis par l\u2019inflation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-datawrapper wp-block-embed-datawrapper\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" title=\"Evolution des derni\u00e8res lois de programmation militaire (en milliards d&#039;euros)\" src=\"https:\/\/datawrapper.dwcdn.net\/X3sHH\/1\/#?secret=MipxyuFqOt\" data-secret=\"MipxyuFqOt\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" height=\"361\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>La Loi de Programmation Militaire est particuli\u00e8rement attendue car elle donne aux industriels d\u2019avoir des commandes. <em>\u201cAvoir de la visibilit\u00e9 permet d\u2019investir, de recruter, de former, de convaincre les partenaires financiers\u201d,<\/em> explique Bruno Berthet, le PDG d\u2019Aresia. Cette loi est essentielle pour les 4 000 industriels de la BITD. <em>\u201cL\u2019Etat a un monopole dans le domaine de la d\u00e9fense, pour la commande nationale. Cette commande nationale, c\u2019est en moyenne 75 % du chiffre d\u2019affaires des industriels fran\u00e7ais\u201d<\/em>, avance Julien Malizard.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-datawrapper wp-block-embed-datawrapper\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" title=\"R\u00e9partition des 413 milliards d&#039;euros de la LPM 2024-2030\" src=\"https:\/\/datawrapper.dwcdn.net\/eKNkN\/1\/#?secret=j0A4SrNHhq\" data-secret=\"j0A4SrNHhq\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" height=\"597\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais la LPM ne devrait pas permettre aux arm\u00e9es fran\u00e7aises de retrouver de la masse d\u2019\u00e9quipements, principale probl\u00e9matique soulev\u00e9e depuis le conflit en Ukraine. La faute \u00e0 la Loi d\u2019Augustine. Un th\u00e9or\u00e8me bien connu du monde de la D\u00e9fense selon lequel le co\u00fbt de production d\u2019un \u00e9quipement militaire augmente plus que les budgets allou\u00e9s, \u00e0 cause de la technologie qui y est de plus en plus int\u00e9gr\u00e9e. <em>\u201cSur certains \u00e9quipements, d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, les co\u00fbts unitaires sont multipli\u00e9s par 2 ou 3\u201d<\/em>, explique l\u2019\u00e9conomiste Julien Malizard.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u201cSur certains \u00e9quipements, d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, les co\u00fbts unitaires sont multipli\u00e9s par 2 ou 3\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>           Julien Malizard, \u00e9conomiste titulaire adjoint de la Chaire Economie de D\u00e9fense<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><br>Si les budgets augmentent, ils n\u2019augmentent pas aussi vite que les besoins technologiques et la n\u00e9cessit\u00e9 de reconstituer des stocks. Les victimes de cette loi d\u2019Augustine sont nombreuses. La LPM vot\u00e9e en 2018 pr\u00e9voyait 169 h\u00e9licopt\u00e8res Gu\u00e9pard \u00e0 horizon 2030. Finalement, seulement 20 exemplaires devraient \u00eatre livr\u00e9s selon la LPM vot\u00e9e cette ann\u00e9e. <em>\u201cIl y a un hiatus entre une forte volont\u00e9 politique et en pratique un carnet de commandes. C\u2019est une loi ambitieuse dans le budget mais pas dans les commandes\u201d, <\/em>compl\u00e8te Julien Malizard.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-datawrapper wp-block-embed-datawrapper\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" title=\"Evolution des cibles d&#039;\u00e9quipement \u00e0 horizon 2030 entre la LPM vot\u00e9e en 2018 et celle d\u00e9battue en ce moment \u00e0 l&#039;Assembl\u00e9e\" src=\"https:\/\/datawrapper.dwcdn.net\/fGxV5\/2\/#?secret=SvMXtKLCZQ\" data-secret=\"SvMXtKLCZQ\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" height=\"1259\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif de retrouver de la masse est confront\u00e9 aux ambitions technologiques. <em>\u201cIl y a un \u00e9quilibre \u00e0 trouver entre la rusticit\u00e9, la masse, la production et la pr\u00e9paration aux technologies de demain\u201d<\/em>, ambitionne-t-on du c\u00f4t\u00e9 de la DGA. Qui dit masse dit rusticit\u00e9, un adage adopt\u00e9 chez Eos Technologie : <em>\u201cOn cr\u00e9e des drones qui s\u2019adaptent aux terrains d\u2019op\u00e9ration : on essaye de r\u00e9duire l\u2019empreinte logistique au&nbsp;maximum. Grosso modo on doit mettre un drone sur un pick-up.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"699\" src=\"https:\/\/ecoapres.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/EOS-1024x699.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-154\" srcset=\"https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/EOS-1024x699.jpg 1024w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/EOS-300x205.jpg 300w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/EOS-768x524.jpg 768w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/EOS-1536x1048.jpg 1536w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/EOS-2048x1397.jpg 2048w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/EOS-1200x819.jpg 1200w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/EOS-1980x1351.jpg 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Eos Technologie fabrique des drones d\u2019observation de seulement quelques kilos. Des mod\u00e8les qui ont fait leur preuve sur le terrain ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Cr\u00e9dits : @Eos Technologie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, le constat est sans appel : l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise est d\u00e9pouill\u00e9e. Reconstituer des stocks prendra des ann\u00e9es, le temps pour la France de s\u2019adapter \u00e0 un contexte international instable et moins pr\u00e9visible.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour assurer sa s\u00e9curit\u00e9, la France peut compter sur sa dissuasion nucl\u00e9aire. Une assurance-vie \u00e0 plus de 50 milliards d\u2019euros ces 6 prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La guerre en Ukraine a entra\u00een\u00e9 un changement de doctrine en France. En juin, Emmanuel Macron a invit\u00e9 l\u2019industrie de d\u00e9fense fran\u00e7aise \u00e0 entrer dans \u201cune \u00e9conomie de guerre\u201d. Un an plus tard, des obstacles persistent. 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