{"id":201,"date":"2023-06-02T10:33:47","date_gmt":"2023-06-02T08:33:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ecoapres.fr\/?p=201"},"modified":"2023-06-08T20:10:09","modified_gmt":"2023-06-08T18:10:09","slug":"le-marche-des-interfaces-cerveau-machine-entre-dystopie-et-desillusions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ecoapres.fr\/?p=201","title":{"rendered":"Le march\u00e9 des interfaces cerveau-machine\u00a0: entre dystopie et d\u00e9sillusions"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns alignwide are-vertically-aligned-top is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-vertically-aligned-top is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<p style=\"font-size:24px\"><strong><em>Pour jouer aux jeux vid\u00e9o, utiliser les r\u00e9seaux sociaux, mieux comprendre notre stress ou nos go\u00fbts olfactifs, certaines entreprises misent sur le fait que nous utiliserons bient\u00f4t des \u00e9lectrodes qui captent notre activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Un march\u00e9 s\u2019ouvre, surfant sur le fantasme que v\u00e9hiculent de telles technologies. Son d\u00e9veloppement est teint\u00e9 de quelques d\u00e9sillusions, mais il pose des questions \u00e9thiques, philosophiques et juridiques.<\/em><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignwide is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-group alignwide is-content-justification-center is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-94bc23d7 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-columns alignwide is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:45%\">\n<p>Que nous reste-t-il de priv\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nos objets informatiques connect\u00e9s sont capables d\u2019enregistrer et d\u2019analyser nos comportements et nos faits et gestes. En recoupant les diff\u00e9rentes informations que nous laissons via l\u2019utilisation d\u2019un smartphone, il est possible de savoir la profession, l\u2019adresse, la sexualit\u00e9, la situation affective, la sant\u00e9 physique, mentale, les doutes, les craintes et les opinions politiques d\u2019une personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre pens\u00e9e est encore partiellement \u00e9pargn\u00e9e par cette fuite de la vie priv\u00e9e. Les objets informatiques courants n\u2019ont pas d\u2019acc\u00e8s direct \u00e0 notre cerveau. Tout ce qu\u2019il se passe dans cet organe plein de myst\u00e8res reste encore la propri\u00e9t\u00e9 unique de l\u2019individu qui l\u2019utilise tous les jours pour vivre et \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est possible de mesurer l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et de l\u2019interpr\u00e9ter. La m\u00e9decine le fait depuis le d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et n\u2019a pas cess\u00e9 de gagner en pr\u00e9cision. L\u2019utilisation de ces mesures s\u2019est longtemps restreinte au m\u00e9dical, d\u00e8s lors, son utilisation \u00e9tait hautement limit\u00e9e, r\u00e9glement\u00e9e et r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la vie des patients. Un concept a permis de sortir ces mesures du domaine m\u00e9dical&nbsp;: les interfaces cerveau-machines.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:85%\">\n<p class=\"has-subtle-background-background-color has-background\"><strong><span style=\"text-decoration: underline\">Qu\u2019est-ce qu\u2019une interface cerveau-machine (ICM) ?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignwide size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"580\" src=\"https:\/\/ecoapres.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/acicjosidjoiejd-1024x580.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-218\" srcset=\"https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/acicjosidjoiejd-1024x580.png 1024w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/acicjosidjoiejd-300x170.png 300w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/acicjosidjoiejd-768x435.png 768w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/acicjosidjoiejd-1200x680.png 1200w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/acicjosidjoiejd.png 1363w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-subtle-background-background-color has-background\"><em>Aussi appel\u00e9e interface cerveau-ordinateur (ICO), ou Brain-computer interface (BCI), il s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me qui permet de relier directement l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 un ordinateur. Dans un tel syst\u00e8me, il y a trois composants qui travaillent de concert&nbsp;: le cerveau, un instrument de mesure de l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, qui est souvent un \u00e9lectro-enc\u00e9phalogramme (EEG), ainsi qu\u2019un ordinateur, qui re\u00e7oit la commande et l\u2019effectue. Le syst\u00e8me de fonctionnement est assez simple. Pour l\u2019illustrer, prenons l\u2019exemple du contr\u00f4le d\u2019un drone par la pens\u00e9. <\/em><em>Dans ce syst\u00e8me, une personne est \u00e9quip\u00e9e d\u2019\u00e9lectrodes pos\u00e9es sur le cuir chevelu. Lorsqu\u2019elle pense \u00e0 un nuage, cela module l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale d\u2019une certaine mani\u00e8re. Les \u00e9lectrodes envoient cette information \u00e0 l\u2019ordinateur, qui la traite et fait d\u00e9coller le drone. Si la personne se met \u00e0 penser \u00e0 un champ d\u2019herbe bien vert, le cerveau va moduler son activit\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re diff\u00e9rente, l\u2019ordinateur va alors ordonner au drone d\u2019atterrir. Outre les fonctions de commande, cette technologie permet d\u2019avoir des informations sur notre activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale en temps r\u00e9el. L\u2019exemple du drone n\u2019est qu\u2019une des multiples applications possibles.<\/em>                                                          <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group alignwide\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns alignwide is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<p><strong>DES BARRI\u00c8RES TECHNIQUES TOMBENT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si vous avez un probl\u00e8me de sommeil ou de charge mentale, des difficult\u00e9s \u00e0 vous concentrer, ou si vous souhaitez d\u00e9couvrir une nouvelle exp\u00e9rience de jeux vid\u00e9o, il existe des entreprises qui proposent de r\u00e9pondre \u00e0 cette probl\u00e9matique \u00e0 l\u2019aide d\u2019un objet contenant une interface cerveau-machine.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une technologie qui n\u2019est pas fondamentalement diff\u00e9rente de celle qui est utilis\u00e9e dans le domaine m\u00e9dical, mais elle a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e pour le grand public, ce qui n\u2019\u00e9tait pas possible jusqu\u2019ici. <em>\u00ab&nbsp;Dans la recherche publique, les syst\u00e8mes hardware que nous utilisons co\u00fbtent tr\u00e8s cher, ils ont une taille cons\u00e9quente et il faut mettre du gel sur le cr\u00e2ne, ce qui n\u2019est pas tr\u00e8s ergonomique&nbsp;\u00bb<\/em> explique J\u00e9r\u00e9my Mattout, charg\u00e9 de recherche INSERM dans l\u2019\u00e9quipe DYCOG (Brain Dynamics and Cognition) du Centre de recherche en neurosciences de Lyon.<\/p>\n\n\n\n<p>Des limites techniques ont \u00e9t\u00e9 franchies ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Elles ont rendu la mesure du cerveau plus accessible, moins encombrantes et des entreprises ont pu commencer \u00e0 commercialiser ces technologies d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 2010. Une interface cerveau-machine est la convergence d\u2019outils d\u2019intelligence artificielle, d\u2019outils num\u00e9riques, d\u2019outils qui permettent la mesure de l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et de la connaissance du cerveau pour pouvoir interpr\u00e9ter l\u2019activit\u00e9 mesur\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la neuroscience. Tous ces domaines ont tr\u00e8s largement progress\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Les avanc\u00e9es dans les syst\u00e8mes de mesure de l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale ont \u00e9t\u00e9 un d\u00e9clic pour ces neurotechnologies. <em>\u00ab&nbsp;Ils sont devenus plus petits, plus puissants et moins cher, c\u2019est ce qui a permis \u00e0 certaines entreprises de voir qu\u2019un march\u00e9 pouvait s\u2019ouvrir&nbsp;\u00bb<\/em> raconte Laure Tabouy, neuroscientifique et \u00e9thicienne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>INVISIBILISER LES NEUROTECHNOLOGIES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette miniaturisation a permis de rendre ces technologies plus pratiques, voire de les cacher compl\u00e8tement dans des objets du quotidien. En France, l\u2019entreprise MyBrain tech vend un casque audio appel\u00e9 Melomind qui serait <em>\u00ab&nbsp;le premier casque anti-stress&nbsp;\u00bb<\/em> et permettrait <em>\u00ab&nbsp;d\u2019entra\u00eener son cerveau \u00e0 se d\u00e9tendre&nbsp;\u00bb<\/em>. \u00c0 premier vu, l\u2019objet est en tout point comparable avec un casque audio classique. Pourtant, deux \u00e9lectrodes sont dissimul\u00e9es dans les coussins qui entourent les oreilles, et deux autres viennent se clipser sur l\u2019arceau du casque pour venir au contact de l\u2019arri\u00e8re du cr\u00e2ne. L\u2019objectif affich\u00e9 est de pouvoir mesurer le niveau de stress en temps r\u00e9el et parvenir, par des exercices de relaxation, \u00e0 le faire baisser.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Laure Tabouy, l\u2019utilisation d\u2019objets que nous connaissons n\u2019est pas anodine&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Ce sont des technologies qui vont prendre l\u2019allure d\u2019une technologie qu\u2019on utilise au quotidien, comme des \u00e9couteurs, un casque audio, ou un serre-t\u00eate, mais dont l\u2019utilisation est d\u00e9vi\u00e9e, puisque l\u2019objectif est de capter l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale.&nbsp;\u00bb <\/em>Passer par des objets du quotidien peut permettre de faire oublier \u00e0 l\u2019utilisateur que l\u2019on enregistre ce qu\u2019il se passe dans son cerveau, ou en tout cas, de lui faire accepter plus facilement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA <em>HYPE<\/em> AVANT LA D\u00c9SILLUSION&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Depuis quelques ann\u00e9es, on voit un engouement du priv\u00e9 dans le domaine des interfaces cerveau-machine, avec beaucoup de start-up qui se montent. Mais c\u2019est un domaine qui est encore assez immature&nbsp;\u00bb <\/em>constate J\u00e9r\u00e9my Mattout. Les nouvelles technologies passent souvent par une premi\u00e8re phase o\u00f9 elles paraissent tr\u00e8s prometteuses et o\u00f9 un march\u00e9 s\u2019ouvre autour d\u2019attentes et de promesses d\u00e9mesur\u00e9es. S\u2019en suit une d\u00e9sillusion et une d\u00e9pression du march\u00e9, comme rattrap\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9. Puis la technologie devient finalement plus mature, trouve ses applications et le march\u00e9 se d\u00e9veloppe \u00e0 nouveau, mais sur des bases solides cette fois-ci. C\u2019est ce qu\u2019on appelle la courbe de Gartner, ou courbe de la hype. <em>\u00ab&nbsp;Pour ce qui est des interfaces cerveau-machine, on serait au niveau de la premi\u00e8re phase et peut-\u00eatre qu\u2019on est m\u00eame au d\u00e9but des premi\u00e8res d\u00e9sillusions&nbsp;\u00bb <\/em>constate J\u00e9r\u00e9my Mattout. Au d\u00e9but du mois de mai, l\u2019entreprise fran\u00e7aise Dreem, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le r\u00e9tablissement du sommeil gr\u00e2ce \u00e0 une interface cerveau-machine, a subi une liquidation judiciaire, illustrant bien ces premi\u00e8res d\u00e9sillusions.<\/p>\n\n\n\n<p>Les promesses d\u2019applications semblent presque infinies pour l\u2019instant, mais elles peinent \u00e0 convaincre. En dehors de l\u2019application m\u00e9dicale qui fonctionne depuis tr\u00e8s longtemps, trois secteurs s\u2019int\u00e9ressent particuli\u00e8rement aux interfaces cerveau-machine&nbsp;: le jeux vid\u00e9o, le bien-\u00eatre et les r\u00e9seaux sociaux. Le premier promet une nouvelle exp\u00e9rience de jeu plus immersive. Pour ce qui est du bien-\u00eatre, il s\u2019agit de lutter contre le stress, les troubles de l\u2019attention, ou les insomnies. Enfin, pour les r\u00e9seaux sociaux, il pourrait s\u2019agir d\u2019ajouter de nouvelles commandes qui soient plus intuitives. Facebook pourrait vouloir rendre son metaverse plus immersif en ajoutant des commandes c\u00e9r\u00e9brales par le biais d\u2019une interface cerveau-machine par exemple. Snapchat a rachet\u00e9 la bo\u00eete fran\u00e7aise NextMind en 2020, qui permettait de faire un certain nombre de commandes sur ordinateur \u00e0 partir de la pens\u00e9e. Leur id\u00e9e est de pouvoir impl\u00e9menter des commandes c\u00e9r\u00e9brales dans les prochaines <em>Spectacles<\/em>, les lunettes connect\u00e9es d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l&rsquo;enregistrement vid\u00e9o de Snapchat. Contact\u00e9 dans le cadre de cet article, les ing\u00e9nieurs de NextMind n\u2019ont pas souhait\u00e9 r\u00e9pondre. Ils ont une clause leur interdisant de s\u2019exprimer aux m\u00e9dias dans leur contrat depuis que l\u2019entreprise est devenue une filiale de SnapChat. Les entreprises MyBrainTech et Dreem ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 contact\u00e9es, mais elle n\u2019ont pas de suite \u00e0 ces sollicitations.<\/p>\n\n\n\n<p>Les marques de luxe s\u2019int\u00e9ressent aussi \u00e0 cette technologie. La filiale de <em>L\u2019Or\u00e9al<\/em> Yves Saint Laurent Beaut\u00e9 propose par exemple de trouver le parfum qui vous correspond \u00e0 l\u2019aide d\u2019une interface cerveau-machine d\u00e9velopp\u00e9e par la marque <em>Emotiv<\/em>. Le client est \u00e9quip\u00e9 d\u2019un bandeau futuriste d\u2019un noir brillant avec des \u00e9lectrodes qui captent l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 diff\u00e9rents moments pendant que le client sent diff\u00e9rents parfums de la marque. En fonction du niveau de stimulation et de relaxation qui est mesur\u00e9 par l\u2019appareil, le parfum qui correspond le mieux au client va lui \u00eatre recommand\u00e9. <em>\u00ab&nbsp;nous voulions offrir \u00e0 nos clients une opportunit\u00e9 de mieux conna\u00eetre leurs pr\u00e9f\u00e9rences olfactives en fonction de leurs \u00e9motions.&nbsp;\u00bb<\/em> affirme la marque. De grandes entreprises viticoles s\u2019int\u00e9ressent aussi \u00e0 cette application.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Il y a plein de syst\u00e8mes o\u00f9 la qualit\u00e9 n\u2019est pas au rendez-vous\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9l\u00e9ments de communications de ces entreprises laissent penser que calculer le stress ou le niveau de relaxation d\u2019une personne est plut\u00f4t ais\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019en est rien. <em>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas \u00e9vident de mesurer l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale contrairement \u00e0 ce que ces bo\u00eetes laissent penser sur leur site, <\/em>assure J\u00e9r\u00e9my Mattout, <em>Il y a une grande question sur la qualit\u00e9 des donn\u00e9es qu\u2019ils mesurent. Il y a plein de syst\u00e8mes o\u00f9 la qualit\u00e9 n\u2019est pas au rendez-vous.\u00a0\u00bb<\/em> L\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale qui est mesur\u00e9e est \u00e9lectrique, mais tous les muscles de notre visage ont aussi une activit\u00e9 \u00e9lectrique importante. Pour mesurer l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, il faut faire la part des choses entre une activit\u00e9 \u00e9lectrique qui peut provenir de n\u2019importe o\u00f9, et celle qui vient sp\u00e9cifiquement du cerveau. C\u2019est un travail extr\u00eamement pr\u00e9cis et complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>En laboratoire, les \u00e9lectrodes sont beaucoup plus nombreuses, pos\u00e9es avec beaucoup de pr\u00e9cision sur le cr\u00e2ne de l\u2019individu et on utilise \u00e9galement du gel pour faciliter les mesures. C\u2019est quelque chose qu\u2019il est difficile de mettre en place dans le cadre d\u2019objets grand public sans faire de compromis. Il faut soit empi\u00e9ter sur le confort, au risque de ne pas vendre son produit, soit empi\u00e9ter sur la qualit\u00e9. <em>\u00ab&nbsp;Les objets vendus par ces entreprises peuvent potentiellement faire mal \u00e0 la t\u00eate parce qu\u2019il faut serrer la structure autour du cr\u00e2ne si on veut se passer du gel, ou alors il faut des structures rigides et d\u00e9sagr\u00e9ables. Il n\u2019y a pas de miracle.&nbsp;\u00bb <\/em>explique J\u00e9r\u00e9my Mattout, de l\u2019INSERM.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre probl\u00e9matique est que la d\u00e9finition du stress ou de la charge mentale est glissante. Il n\u2019est pas du tout si \u00e9vident que ce soit des choses que l\u2019on puisse mesurer et quantifier simplement en mesurant l\u2019activit\u00e9 \u00e9lectrique du cerveau \u00e0 certains points. <em>\u00ab&nbsp;Il faut d\u00e9j\u00e0 s\u2019assurer que tout ce qu\u2019on pr\u00e9tend mesurer puisse se mesurer<\/em>,r\u00e9sume J\u00e9r\u00e9my Mattout.<em> Il y a toute une dimension psychologique pour le stress par exemple et il ne faut pas croire que nous avons des marqueurs faciles sur la charge mentale d\u2019un sujet.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019universalit\u00e9 de ces syst\u00e8mes est aussi une question. Dans le cas d\u2019interfaces cerveau-machine qui permettent de commander un ordinateur, il faut toute une phase d\u2019entra\u00eenement pour arriver \u00e0 faire les premi\u00e8res commandes. C\u2019est une \u00e9tape qui permet de moduler son activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale pour que la commande que l\u2019on souhaite envoyer soit plus clairement perceptible par l\u2019appareil de mesure. <em>\u00ab&nbsp;Cette phase de calibrage n\u2019est pas si facile. Tout le monde n\u2019y arrive pas et je pense que pas mal de gens ne pourront pas utiliser ce type d\u2019appareil, en tout cas pas \u00e0 court terme&nbsp;\u00bb<\/em> explique Charlotte Jacquemot, directrice du D\u00e9partement d\u2019\u00c9tudes Cognitives de l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure Paris Sciences et Lettres (ENS-PSL).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DES QUESTIONS \u00c9THIQUES, PHILOSOPHIQUES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Reste que ces technologies existent. Elles ne sont pas pr\u00eates \u00e0 envahir notre quotidien dans un avenir proche, mais elles soul\u00e8vent des questions \u00e9thiques, philosophiques et juridiques. Les interfaces cerveau-machine fonctionnent en boucle ferm\u00e9e. L\u2019utilisateur apprend \u00e0 moduler son activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale en fonction du retour que la machine lui fait en temps r\u00e9el. Par exemple, si l\u2019ordinateur indique \u00e0 l\u2019utilisateur qu\u2019il est encore anxieux \u00e0 50&nbsp;%, ce dernier va chercher \u00e0 moduler son activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale diff\u00e9remment jusqu\u2019\u00e0 voir ce pourcentage baisser sur son \u00e9cran. Ces technologies ont alors une influence sur notre activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ces techniques sont de nature \u00e0 remettre en cause l\u2019int\u00e9grit\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb<\/em> \u00e9crit Laure Tabouy, neuroscientifique et \u00e9thicienne, dans l\u2019introduction du num\u00e9ro d\u2019ao\u00fbt 2021 des annales des mines intitul\u00e9 <em>Neurotechnologies et innovation responsable<\/em>. En proposant d\u2019adopter un comportement, comme le fait d\u2019\u00eatre moins anxieux pour reprendre l\u2019exemple pr\u00e9c\u00e9dent, ces technologies produisent \u00ab&nbsp;<em>des injonctions douces&nbsp;\u00bb. <\/em>La finalit\u00e9 de ce processus est<em> \u00ab&nbsp;d\u2019obtenir une r\u00e9orientation dans l\u2019axe souhait\u00e9 par son promoteur, sans faire preuve d\u2019autorit\u00e9 ni d\u2019une domination violente apparente, mais en court-circuitant le ressenti de la personne&nbsp;\u00bb <\/em>ajoute Laure Tabouy.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela pose des questions \u00e0 conjuguer au futur, dans le cas o\u00f9 ces machines se d\u00e9mocratiseraient. <em>Quid<\/em> d\u2019un piratage de la partie logiciel d\u2019une interface cerveau-machine largement d\u00e9ploy\u00e9e pour le grand public&nbsp;? <em>Quid<\/em> d\u2019entreprises moins vertueuses qui pourraient vouloir utiliser de tels objets pour servir leurs int\u00e9r\u00eats&nbsp;? Quels garde-fous mettre en place pour l\u2019utilisation de ces objets&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Biologiquement, le cerveau est un sanctuaire que notre corps prot\u00e8ge avec une grande rigueur. Culturellement, il est l\u2019organe que nous rattachons \u00e0 tout ce qui touche \u00e0 la spiritualit\u00e9. Affecter le cerveau, m\u00eame de fa\u00e7on minime, peut avoir des cons\u00e9quences en cascade. <em>\u00ab&nbsp;C\u2019est l\u2019organe le plus ferm\u00e9 du corps humain. Rien ne rentre ou ne sort du cerveau sans autorisation gr\u00e2ce \u00e0 la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, <\/em>remarque Laure Tabouy.<em> C\u2019est aussi le lieu dans lequel nous projetons tout ce qui touche \u00e0 l\u2019esprit, la religion, la foi.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ne pas choisir quelles technologies sont acceptables et dans quelles conditions elles le sont, le risque est de voir des gens influents d\u00e9cider pour tout le monde. Quelqu\u2019un comme Elon Musk investi des centaines de millions de dollars dans ce domaine avec sa soci\u00e9t\u00e9 Neuralink. Il ne le fait pas sans avoir une vision de ce que devront \u00eatre ces neurotechnologies \u00e0 l\u2019avenir. <em>\u00ab&nbsp;Le contr\u00f4le \u00e9thique arrive toujours un peu avec un temps de retard pour ce type de personne&nbsp;\u00bb<\/em> d\u00e9plore Charlotte Jacquemot, directrice du D\u00e9partement d\u2019\u00c9tudes Cognitives de l\u2019ENS-PSL.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9TABLIR UNE JURIDICTION<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9bat autour de ces neurotechnologies s\u2019impose, notamment pour pouvoir d\u00e9velopper une l\u00e9gislation qui encadre leur utilisation. Un pays comme le Chili a mis en place des neurodroits dans sa constitution depuis 2021 devenant ainsi pionnier dans le domaine. Ils l\u2019ont fait pour se prot\u00e9ger des \u00c9tats-Unis. Certaines \u00e9quipes de chercheurs des \u00c9tats-Unis ont l\u2019habitude de s\u2019exporter en Am\u00e9rique du Sud pour faire des exp\u00e9riences sur la population de pays \u00e0 la l\u00e9gislation moins restrictive et avec un niveau de responsabilit\u00e9 plus faible.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est possible de s\u2019inspirer du travail qui a \u00e9t\u00e9 fourni par le Chili et de l\u2019adapter en France. <em>\u00ab&nbsp;Il faudra se poser des questions sur la libert\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, la libert\u00e9 de penser et trancher sur ce sujet. Il va falloir aller jusqu\u2019\u00e0 prot\u00e9ger la personnalit\u00e9 d\u2019un individu&nbsp;\u00bb<\/em> assure Patrick Hetzel, d\u00e9put\u00e9 et r\u00e9dacteur de la note \u00ab&nbsp;les neurotechnologies&nbsp;: d\u00e9fis scientifiques et \u00e9thiques&nbsp;\u00bb pour l\u2019OPECST (Office parlementaire d&rsquo;\u00e9valuation des choix scientifiques et technologiques). <em>\u00ab&nbsp;J<\/em><em>e ne pense pas que ces technologies soient assez probantes en la mati\u00e8re <\/em><em>aujourd\u2019hui, mais <\/em><em>c\u2019est une question qui va arriver \u00e0 un moment ou un autre.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une r\u00e9vision de la loi bio\u00e9thique a lieu tous les cinq ans. La prochaine est pr\u00e9vue pour 2025. Ce sera l\u2019occasion d\u2019avoir un d\u00e9bat et d\u2019inscrire,<em> a minima<\/em>,<em> <\/em>les premi\u00e8res lignes de nos neurodroits.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour jouer aux jeux vid\u00e9o, utiliser les r\u00e9seaux sociaux, mieux comprendre notre stress ou nos go\u00fbts olfactifs, certaines entreprises misent sur le fait que nous utiliserons bient\u00f4t des \u00e9lectrodes qui captent notre activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Un march\u00e9 s\u2019ouvre, surfant sur le fantasme que v\u00e9hiculent de telles technologies. 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