{"id":345,"date":"2024-05-30T08:14:20","date_gmt":"2024-05-30T06:14:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ecoapres.fr\/?p=345"},"modified":"2024-05-30T09:40:58","modified_gmt":"2024-05-30T07:40:58","slug":"on-ne-veut-pas-se-faire-bouffer-la-radiologie-liberale-nouvelle-cible-des-marches-financiers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ecoapres.fr\/?p=345","title":{"rendered":"\u201cOn ne veut pas se faire bouffer\u201d : la radiologie lib\u00e9rale, nouvelle cible des march\u00e9s financiers"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Apr\u00e8s la biologie m\u00e9dicale, c\u2019est au tour de la radiologie d\u2019attirer les actionnaires financiers. Si leurs investissements massifs permettent aux radiologues de moderniser leurs \u00e9quipements et d\u00e9l\u00e9guer certaines t\u00e2ches administratives, les logiques de rentabilit\u00e9 et d\u2019efficience appliqu\u00e9es inqui\u00e8tent professionnels et r\u00e9gulateurs quant au respect de la d\u00e9ontologie m\u00e9dicale.<\/h4>\n\n\n\n<p><em>\u201cOn ne veut pas se faire bouffer\u201d<\/em>. Le Dr Aymeric Rouchaud, radiop\u00e9diatre \u00e0 Lyon, lutte pour une radiologie lib\u00e9rale ind\u00e9pendante depuis son entr\u00e9e en internat, en 2017. C\u2019est \u00e0 cette m\u00eame p\u00e9riode que les fonds d\u2019investissements commencent \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser de pr\u00e8s au secteur de la radiologie. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette entr\u00e9e des financiers dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 fran\u00e7ais a d\u00e9but\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, par le rachat des laboratoires d\u2019analyses m\u00e9dicales. Aujourd\u2019hui, les m\u00e9decins ont le recul n\u00e9cessaire pour r\u00e9agir : <em>\u201cOn le voit aux concours, le m\u00e9tier de biologiste m\u00e9dical par exemple, auparavant tr\u00e8s pris\u00e9, est devenu l\u2019un des derniers choix des \u00e9tudiants en m\u00e9decine\u201d<\/em>, illustre le m\u00e9decin.<em> \u201cLes biologistes ont \u00e9t\u00e9 pris de court, nous, on a pu r\u00e9agir tr\u00e8s vite\u201d<\/em>, raconte-t-il. Entre 2010 et 2020, la biologie m\u00e9dicale priv\u00e9e a chang\u00e9 de mod\u00e8le. Les petits laboratoires isol\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 massivement rachet\u00e9s par des groupes financiers. En 2022, plus des deux tiers du chiffre d\u2019affaires de la biologie priv\u00e9e \u00e9taient d\u00e9tenus par seulement six grands groupes, si bien qu\u2019aujourd\u2019hui, les biologistes ind\u00e9pendants ne repr\u00e9sentent que 25 % du secteur. Pour le radiologue, cette financiarisation du secteur explique largement le manque d\u2019attractivit\u00e9 li\u00e9 au m\u00e9tier de biologiste aujourd\u2019hui, <em>\u201cles grands groupes sont en situation de quasi monopole, c\u2019est devenu tr\u00e8s difficile pour un jeune biologiste de cr\u00e9er son laboratoire seul\u201d.<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ne pas subir le m\u00eame sort, Aymeric Rouchaud a cofond\u00e9 <a href=\"https:\/\/corail-radiologie.fr\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/corail-radiologie.fr\/\">le groupe Corail<\/a> (Collectif pour une radiologie ind\u00e9pendante et libre), en 2022, alors m\u00eame que le terme \u201cfinanciarisation\u201d commen\u00e7ait \u00e0 circuler dans le monde de la radiologie. L\u2019objectif du collectif est avant tout d\u2019informer les jeunes radiologues des possibilit\u00e9s qui s\u2019offrent \u00e0 eux en sortie d\u2019internat.<em> <\/em>Rejoindre des groupes d\u00e9j\u00e0 form\u00e9s, dirig\u00e9s par des chefs op\u00e9rationnels non-m\u00e9decins, ou s\u2019associer et rester ind\u00e9pendants ? <em>\u201cLes financiers ont besoin de forces vives, en invitant les jeunes radiologues \u00e0 s\u2019associer entre eux plut\u00f4t que rejoindre ces groupes, on fait \u00e9chouer la financiarisation\u201d. <\/em>A Lyon, o\u00f9 est n\u00e9 Corail, les jeunes sont si bien inform\u00e9s qu\u2019aucun groupe n\u2019a pu s\u2019installer de mani\u00e8re p\u00e9renne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1707\" src=\"https:\/\/ecoapres.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-scaled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-362\" srcset=\"https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-scaled.jpg 2560w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-300x200.jpg 300w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-768x512.jpg 768w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-2048x1365.jpg 2048w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-1200x800.jpg 1200w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pexels-mart-production-7088479-1980x1320.jpg 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand les groupes financiers s\u2019immiscent dans la sant\u00e9&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans <a href=\"https:\/\/www.sciencespo.fr\/chaire-sante\/sites\/sciencespo.fr.chaire-sante\/files\/Note%20financiarisation%20VF.pdf\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.sciencespo.fr\/chaire-sante\/sites\/sciencespo.fr.chaire-sante\/files\/Note%20financiarisation%20VF.pdf\">une note de Sciences Po Paris<\/a> publi\u00e9e en 2023, Daniel Benamouzig et Yann Bourgueil d\u00e9finissent la financiarisation de la sant\u00e9 comme un <em>\u201cprocessus par lequel des acteurs priv\u00e9s (&#8230;) capables d\u2019investir de fa\u00e7on significative, entrent dans le secteur des soins avec comme finalit\u00e9 premi\u00e8re de r\u00e9mun\u00e9rer le capital investi\u201d<\/em>. Les auteurs pr\u00e9cisent la sp\u00e9cificit\u00e9 qui fait pol\u00e9mique dans la financiarisation : les investisseurs sont la plupart du temps de purs financiers, <em>\u201cnon directement professionnels de sant\u00e9\u201d.<\/em> On passe alors d\u2019une logique de production industrielle, qui s\u2019int\u00e9resse principalement \u00e0 la qualit\u00e9 de la production, \u00e0 une logique financi\u00e8re, avec un objectif premier de rentabilit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre rentable : rester propri\u00e9taire de son cabinet et tirer des b\u00e9n\u00e9fices de son activit\u00e9, ou bien le capital-investissement (ou <em>private equity)<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire <em>\u201cinvestir dans des soci\u00e9t\u00e9s souvent non cot\u00e9es en bourse, les d\u00e9velopper en les r\u00e9organisant, et les revendre avec profit dans un d\u00e9lai de 3 \u00e0 5 ans\u201d<\/em>, explique Nicolas Da Silva, \u00e9conomiste de la sant\u00e9 \u00e0 PSL-Dauphine. En radiologie, \u00e7a fonctionne tr\u00e8s bien, car c\u2019est une sp\u00e9cialit\u00e9 dans laquelle il faut faire de lourds investissements. Une machine \u00e0 I.R.M (Imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique) peut co\u00fbter jusqu\u2019\u00e0 un million d\u2019euros en fonction des options, auxquels il faut ajouter les appareils \u00e0 scanners, produits de contraste, ainsi que l\u2019entretien des machines. <em>\u201cUn mec tout seul ne peut pas investir autant en sortie d\u2019internat\u201d<\/em>, affirme le Dr Rouchaud,&nbsp; <em>\u201cOn doit se mettre en groupe ou int\u00e9grer un groupe existant dans lequel on ach\u00e8te des parts \u00e0 des radiologues plus anciens\u201d. <\/em>Difficile cependant de faire concurrence aux groupes financiers, leurs propositions de rachat pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 deux ou trois fois la valeur initiale des parts.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><em>\u201cDans les d\u00e9serts m\u00e9dicaux, les financiers sont parfois leur seule option\u201d<\/em><\/p><cite>Nicolas Da Silva, \u00e9conomiste<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour s\u2019implanter dans le secteur de la radiologie, les financiers n\u2019approchent pas les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s. Leur cible privil\u00e9gi\u00e9e,<em> \u201cles radiologues quasi-retrait\u00e9s qui cherchent \u00e0 vendre leurs parts au plus offrant\u201d<\/em> r\u00e9sume Nicolas Da Silva, <em>\u201caussi dans les d\u00e9serts m\u00e9dicaux, les financiers sont parfois leur seule option\u201d<\/em>. Une fois les parts c\u00e9d\u00e9es \u00e0 des groupes priv\u00e9s adoss\u00e9s \u00e0 des fonds d\u2019investissement, les cabinets perdent leur ind\u00e9pendance. Si bien qu\u2019aujourd\u2019hui, 15 \u00e0 20% des cabinets de radiologie sont entre les mains d\u2019acteurs purement financiers, selon la m\u00eame note de Sciences Po. Par exemple, <a href=\"https:\/\/simago.fr\/nos-centres\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/simago.fr\/nos-centres\/\">le r\u00e9seau SIMAGO<\/a>, l\u2019un des financiers les plus importants en radiologie en France, a rachet\u00e9 en octobre 2023 les groupes GRIM et IRSEA, compos\u00e9s de 70 radiologues r\u00e9partis entre Tours, La Rochelle et Niort. En sortie d\u2019internat, les jeunes radiologues qui souhaiteraient s\u2019y installer en lib\u00e9ral n\u2019ont donc plus d\u2019autre choix que rejoindre SIMAGO. Ce fonctionnement n\u2019est pas propre aux soins de sant\u00e9, mais \u00e0 tous les secteurs \u00e9conomiques. La sant\u00e9 reste n\u00e9anmoins un secteur particulier. Laisser le contr\u00f4le des soins et de la qualit\u00e9 des soins \u00e0 des non-soignants, \u00e7a fait d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La sant\u00e9, un secteur attractif mais singulier<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a 10 ans, les investissements consacr\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 s&rsquo;\u00e9levaient \u00e0 1,9 milliards d\u2019euros, selon l<a href=\"https:\/\/www.franceinvest.eu\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.franceinvest.eu\/\">\u2019association France Invest<\/a>, qui accompagne plus d\u2019une centaine de soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;investissements dans l\u2019Hexagone. Aujourd\u2019hui, ces investissements ont plus que doubl\u00e9 et repr\u00e9sentent 4,9 milliards d\u2019euros, soit 20% des montants totaux investis en France. Vieillissement de la population et innovations technologiques en font un secteur s\u00fbr, rentable et p\u00e9renne pour les investisseurs. Cette coexistence entre financements publics et priv\u00e9s dans l\u2019offre de soins n\u2019est pas nouvelle en France, et n\u2019a pas toujours pos\u00e9 probl\u00e8me. <\/p>\n\n\n\n<p>La distinction entre h\u00f4pital public et clinique priv\u00e9e en France remonte au Moyen-\u00e2ge. En 1970, la reconnaissance du secteur priv\u00e9 au c\u0153ur du syst\u00e8me de sant\u00e9 fran\u00e7ais constitue une premi\u00e8re vague de privatisation du soin. Les m\u00e9decins deviennent entrepreneurs de leurs activit\u00e9s, s\u2019occupent de leurs plannings, des recrutements et de l\u2019administratif. Qu\u2019il soit d\u00e9livr\u00e9 dans une clinique \u00e0 but non lucratif ou un h\u00f4pital, le soin est toujours soumis \u00e0 la m\u00eame l\u00e9gislation. Mais depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la sant\u00e9 est un secteur qui rapporte. Ainsi, avec la financiarisation, ce ne sont plus des m\u00e9decins qui dirigent leurs activit\u00e9s, mais de purs financiers, qui souvent sortent d\u2019\u00e9coles de commerce, et n\u2019ont aucun lien avec le secteur sanitaire. Les syndicats de professionnels de sant\u00e9 comme <a href=\"https:\/\/fnmr.fr\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/fnmr.fr\/\">la FNMR<\/a> (F\u00e9d\u00e9ration Nationales des m\u00e9decins radiologues) craignent que cette recherche d\u2019efficience et de rentabilit\u00e9 prenne le pas sur la qualit\u00e9 du soin d\u00e9livr\u00e9 au patient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une crainte qui s\u2019\u00e9tend petit \u00e0 petit. Le 10 avril 2024, le Conseil National de l\u2019Ordre des M\u00e9decins accuse <a href=\"https:\/\/www.conseil-national.medecin.fr\/publications\/communiques-presse\/financiarisation-medecine\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.conseil-national.medecin.fr\/publications\/communiques-presse\/financiarisation-medecine\">dans un communiqu\u00e9<\/a> les groupes financiers de remettre <em>\u201cen cause l\u2019ind\u00e9pendance professionnelle des associ\u00e9s exer\u00e7ants et d\u2019orienter leur activit\u00e9 avec la lucrativit\u00e9 pour seule finalit\u00e9, au d\u00e9triment de la sant\u00e9 publique\u201d<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Avoir les moyens de son ambition&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>\u201cIl faut se financer pour avoir les moyens de son ambition\u201d<\/em>. Alexandre Azouaou, directeur op\u00e9rationnel du <a href=\"https:\/\/www.imdev.fr\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.imdev.fr\/\">groupe IMDEV<\/a>, voit la financiarisation comme une solution au sous-investissement chronique dans la m\u00e9decine lib\u00e9rale. Pour son groupe national, IMDEV, fond\u00e9 en 2019 \u00e0 partir d\u2019un regroupement de cabinets en Seine-Saint-Denis, il pr\u00e9f\u00e9rera parler de groupe financ\u00e9, plut\u00f4t que financiaris\u00e9. IMDEV est ainsi financ\u00e9 par des capitaux priv\u00e9s, et de l\u2019endettement aupr\u00e8s de deux investisseurs, la Banque publique d\u2019investissement (financ\u00e9e par l\u2019Etat et la Caisse de d\u00e9p\u00f4ts), et CAPZA, un fonds d\u2019investissement fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019image des autres groupes financiers qui investissent en radiologie, tels que Simago, France Imagerie Territoires ou R\u00e9sonance Imagerie, IMDEV est une SEL, une Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019exercice lib\u00e9rale (ici plus particuli\u00e8rement une SELAS, une SEL par actions simplifi\u00e9es). Cette forme juridique permet aux membres des professions lib\u00e9rales, comme les m\u00e9decins, d\u2019exercer leurs activit\u00e9s en association sous forme de soci\u00e9t\u00e9s de capitaux, et ainsi permettre \u00e0 des banques ou fonds d\u2019investissements, de les financer, et devenir actionnaires. La loi permet th\u00e9oriquement aux m\u00e9decins en SEL de conserver leur ind\u00e9pendance et le contr\u00f4le de leur soci\u00e9t\u00e9, en garantissant leur pouvoir de d\u00e9cision face aux actionnaires financiers. Ces obligations peuvent facilement \u00eatre contourn\u00e9es en interne pour donner aux investisseurs le monopole op\u00e9rationnel. <em>\u201cPlut\u00f4t que d\u2019ouvrir un cabinet de radiologie, les radiologues vont exercer la radiologie dans les locaux appartenant \u00e0 des non-professionnels de la m\u00e9decine\u201d<\/em>, illustre l\u2019\u00e9conomiste Nicolas Da Silva. Les financiers ne poss\u00e8dent pas l\u2019activit\u00e9 proprement m\u00e9dicale de la SEL, mais des activit\u00e9s annexes, comme l\u2019immobilier par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ces op\u00e9rations permettent aux financiers de partager le pouvoir d\u00e9cisionnaire des m\u00e9decins, voire de les en priver. L\u2019Ordre des m\u00e9decins, dans son communiqu\u00e9 du 24 mars,&nbsp; affirme rester attentifs \u00e0 ces questions, et accentue depuis 2022 les formes de contr\u00f4les. D\u00e8s la rentr\u00e9e 2024, des changements l\u00e9gislatifs viseront \u00e0 encadrer davantage l\u2019exercice des professions lib\u00e9rales, et restreindre les actions des actionnaires.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des m\u00e9decins entrepreneurs&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p> <em>\u201cEn ind\u00e9pendant, je passais plus de la moiti\u00e9 de mon temps de travail dans la gestion administrative\u201d<\/em><\/p><cite>Gilles, radiologue<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p><em>\u201cOn accompagne les m\u00e9decins dans certaines de leurs pr\u00e9rogatives, on ne leur enl\u00e8ve pas\u201d<\/em>, mart\u00e8le le pdg de IMDEV. Ils sont deux \u00e0 porter le projet. Lui, Alexandre Azouaou d\u2019un point de vue op\u00e9rationnel, et Fr\u00e9d\u00e9ric Breittmayer, radiologue, qui a fond\u00e9 le groupe \u00e0 l\u2019origine d\u2019IMDEV il y a 35 ans.<em> \u201cAu si\u00e8ge, une \u00e9quipe de pr\u00e8s de 40 personnes appuie au quotidien les radiologues sur des sujets tels que les ressources humaines, la comptabilit\u00e9, l\u2019innovation, et m\u00eame la protection des donn\u00e9es, avec l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019IA. Des missions qui ne sont pas le c\u0153ur du m\u00e9tier de radiologue, c\u2019est l\u00e0, l\u2019apport d\u2019un grand groupe\u201d<\/em> explique Alexandre Azouaou. <\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9decine lib\u00e9rale donne aux m\u00e9decins un statut d&rsquo;entrepreneur. Plus la sp\u00e9cialit\u00e9 requiert des investissements, plus la gestion est lourde, et prend du temps sur l\u2019activit\u00e9 m\u00e9dicale. Pour certains, rejoindre un grand groupe financiaris\u00e9 permet de d\u00e9l\u00e9guer certaines t\u00e2ches plus administratives, et se concentrer sur les soins : <em>\u201cEn ind\u00e9pendant, je passais plus de la moiti\u00e9 de mon temps de travail dans la gestion administrative\u201d<\/em>, d\u00e9plore Gilles (le pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9), radiologue dans le r\u00e9seau Simago, \u00e0 La Rochelle, <em>\u201cpour suivre au mieux mes patients, je devais faire des journ\u00e9es de plus de 12h, ce n\u2019\u00e9tait plus possible\u201d<\/em>.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les acteurs financiers cr\u00e9ent des r\u00e9seaux en rachetant des cabinets de radiologie ind\u00e9pendants, pour les r\u00e9organiser et optimiser leur rentabilit\u00e9. Mais le march\u00e9 du soin est-il un march\u00e9 comme les autres ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Objectifs de rentabilit\u00e9 et \u00e9thique m\u00e9dicale&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><em>Mon premier souci sera de r\u00e9tablir, de pr\u00e9server ou de promouvoir la sant\u00e9 dans tous ses \u00e9l\u00e9ments (&#8230;)<\/em><br><em>Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain (&#8230;)<\/em><br><em>Je pr\u00e9serverai l\u2019ind\u00e9pendance n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019accomplissement de ma mission (&#8230;)<\/em><br><\/p><cite><em>Le Serment d\u2019Hippocrate<\/em><\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Le Serment d\u2019Hippocrate, m\u00eame s\u2019il n\u2019a aujourd\u2019hui aucune valeur juridique, est toujours consid\u00e9r\u00e9 comme le fondement de la d\u00e9ontologie m\u00e9dicale. En France, seuls les m\u00e9decins dipl\u00f4m\u00e9s poss\u00e8dent le droit d\u2019exercer la m\u00e9decine. <em>\u201cOn ne veut pas \u00eatre aux ordres de quelqu&rsquo;un de non-m\u00e9decin.\u201d <\/em>affirme le Dr Aymeric Rouchaud, co-fondateur de Corail, l\u2019association des jeunes radiologues ind\u00e9pendants,<em> \u201dc\u2019est notre responsabilit\u00e9 qui est engag\u00e9e en cas de mauvais soin, ou de complications\u201d<\/em>. La principale inqui\u00e9tude \u00e0 propos de la financiarisation de la sant\u00e9, est le risque pour le patient. Une entreprise de sant\u00e9 produira-t-elle des soins d\u2019aussi bonne qualit\u00e9 si elle est dirig\u00e9e par des non-m\u00e9decins ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u201cCe ne sont pas des ordres explicites, mais plut\u00f4t une pression constante sur l\u2019efficacit\u00e9, qui nous pousse \u00e0 encha\u00eener les soins\u201d<\/em> raconte Laure (le pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9), radiologue r\u00e9cemment dipl\u00f4m\u00e9e, exer\u00e7ant dans un des groupes financiers pr\u00e9c\u00e9demment nomm\u00e9s. <em>\u201cHonn\u00eatement, au bout de 80 examens, je n\u2019ai plus la concentration n\u00e9cessaire, c\u2019est l\u00e0 qu&rsquo;on peut commettre des erreurs\u201d<\/em>, admet-elle. Pour Jean-Philippe Masson, pr\u00e9sident de la FNMR, cette injonction \u00e0 la productivit\u00e9 est un danger pour le patient, <em>\u201cil y a des soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res qui ne veulent plus faire de d\u00e9pistages du cancer du sein, \u00e0 La Rochelle pour ne citer qu\u2019eux\u201d<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour rationaliser les co\u00fbts, certains centres n\u2019effectuent plus les examens de routines dont le rapport co\u00fbts\/b\u00e9n\u00e9fices est estim\u00e9 trop faible. De la m\u00eame mani\u00e8re, certaines \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle sont faites en centralisant les analyses. Les examens sont fait par des manipulateurs radio, puis envoy\u00e9s dans des centres pour \u00eatre analys\u00e9s par des m\u00e9decins \u00e0 distance. Mais le d\u00e9lai entra\u00eene une perte de chance pour le patient,<em> \u201clorsque le m\u00e9decin analyse la radio en direct, il peut r\u00e9agir instantan\u00e9ment, et modifier l\u2019examen pour \u00e9viter au patient de revenir s\u2019il y a un probl\u00e8me\u201d<\/em>, confirme le Dr Masson, <em>\u201con ne peut pas appliquer \u00e0 la radiologie ce qu\u2019on a fait \u00e0 la biologie, et tout faire \u00e0 distance\u201d<\/em>. Car un deuxi\u00e8me examen signifie un d\u00e9lai suppl\u00e9mentaire avant d\u2019avoir un diagnostic, et parfois un deuxi\u00e8me passage sous les rayons X. <em>\u201cLes passages accumul\u00e9s peuvent induire des complications \u00e0 long terme, c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on fait en sorte de limiter les prescriptions au stricte n\u00e9cessaire\u201d<\/em>, pr\u00e9cise-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces d\u00e9rives et pertes de chances reviennent dans plusieurs t\u00e9moignages, mais, pour le directeur d\u2019IMDEV, il ne faut pas les g\u00e9n\u00e9raliser. <em>\u201cOui des d\u00e9rives existent, comme partout, mais c\u2019est une fantaisie de penser qu\u2019elles se limitent aux r\u00e9seaux financ\u00e9s. Plus on est grand, plus on subit des contr\u00f4les, donc on a plut\u00f4t int\u00e9r\u00eat \u00e0 respecter la d\u00e9ontologie m\u00e9dicale\u201d. <\/em>\u00c0 l\u2019inverse, Alexandre Azouaou estime que la financiarisation am\u00e9liore avant tout la d\u00e9livrance des soins.<em> \u201cLa biologie a su r\u00e9pondre aux enjeux du covid parce qu\u2019elle est devenue une machine industrielle capable de faire beaucoup de tests, dans un temps tr\u00e8s restreint. Je ne pense pas que nous aurions \u00e9t\u00e9 aussi efficaces avec des petites structures\u201d<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vers un capitalisme professionnel&nbsp;<\/strong>?<\/h3>\n\n\n\n<p>La solution, pour les opposants \u00e0 la financiarisation, c\u2019est de se regrouper entre professionnels.<em> \u201cIl faut que les radiologues travaillent ensemble, les uns avec les autres\u201d<\/em>, confie Jean-Philippe Masson. Radiop\u00e9diatrie, radiologie ORL, digestive, ou encore fonctionnelle, la radiologie fonctionne par sp\u00e9cialit\u00e9s. En se regroupant en cabinets de 10 \u00e0 15 professionnels lib\u00e9raux, les radiologues esp\u00e8rent pouvoir repr\u00e9senter toutes ces sp\u00e9cialit\u00e9s pour une meilleure prise en charge des patients. Une solution encourag\u00e9e par les jeunes radiologues ind\u00e9pendants, comme l\u2019association Corail. <em>\u201cCe mod\u00e8le est vertueux car on prend des parts et on peut d\u00e9cider ensemble de comment on travaille\u201d<\/em>, pr\u00e9cise Aymeric Rouchaud. <\/p>\n\n\n\n<p>La radiop\u00e9diatrie fait partie des sp\u00e9cialit\u00e9s les moins rentables, car elle touche aux enfants.&nbsp; <em>\u201cMais il faut bien que quelqu\u2019un soigne les enfants\u201d<\/em> poursuit le Dr Rouchaud, radiop\u00e9diatre, <em>\u201ccertains examens durent longtemps, comme la cystographie (examen de la vessie) qui peut durer jusqu\u2019\u00e0 une heure, une heure durant laquelle on pourrait effectuer 6 radios du genoux, qui rapporteraient 10 fois plus. Mais comme mes associ\u00e9s sont des m\u00e9decins, on ne va pas r\u00e9fl\u00e9chir avec cette logique. Si cet enfant a besoin d\u2019une cystographie, on va lui faire\u201d<\/em>. Une forme de \u201ccapitalisme professionnel\u201d, selon l\u2019\u00e9conomiste Nicolas Da Silva, dans lequel les m\u00e9decins tirent les r\u00eanes de leurs activit\u00e9s. C\u2019est ce mod\u00e8le que souhaitent d\u00e9velopper les jeunes radiologues pour contrebalancer le capitalisme financier. Finalement,<em> \u201cce qui semble inspirer la crainte, ce n\u2019est pas tant que le syst\u00e8me de sant\u00e9 soit capitaliste ou non, mais par quels capitalistes elles sont d\u00e9tenues\u201d<\/em><strong>, <\/strong>conclut l\u2019\u00e9conomiste.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><em>\u00ab\u00a0Il faut bien que quelqu\u2019un soigne les enfants\u201d<\/em><\/p><cite>Association Corail <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Alors que la financiarisation inqui\u00e8te tour \u00e0 tour les diff\u00e9rentes sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales, le r\u00e9gulateur vient de s\u2019en saisir. Depuis mars 2024, le S\u00e9nat a lanc\u00e9 des auditions et interrogera jusqu\u2019au mois de juin les diff\u00e9rents acteurs impliqu\u00e9s. Si l\u2019Ordre des m\u00e9decins souhaite mettre fin \u00e0 la financiarisation en inscrivant son interdiction dans la loi, rien n\u2019est encore s\u00fbr quant aux mesures qui seront prises par la commission, dont le rendu est attendu pour l\u2019\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Les s\u00e9nateurs devront faire face \u00e0 la s\u00e9rie de questions pos\u00e9es par la financiarisation. L\u2019enjeu g\u00e9n\u00e9ral semble d\u00e9passer celui de la simple pr\u00e9sence des groupes financiers dans le syst\u00e8me de sant\u00e9. C&rsquo;est l\u2019action de l\u2019Assurance Maladie dans la coexistence des logiques publiques et priv\u00e9es dans le financement de la m\u00e9decine de ville qui est questionn\u00e9e. Et plus largement, la place du financement public dans l\u2019\u00e9conomie de la sant\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Enola Tissandi\u00e9&nbsp;<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s la biologie m\u00e9dicale, c\u2019est au tour de la radiologie d\u2019attirer les actionnaires financiers. Si leurs investissements massifs permettent aux radiologues de moderniser leurs \u00e9quipements et d\u00e9l\u00e9guer certaines t\u00e2ches administratives, les logiques de rentabilit\u00e9 et d\u2019efficience appliqu\u00e9es inqui\u00e8tent professionnels et r\u00e9gulateurs quant au respect de la d\u00e9ontologie m\u00e9dicale. \u201cOn ne veut pas se faire bouffer\u201d. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":23,"featured_media":361,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-345","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/23"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=345"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/345\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":364,"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/345\/revisions\/364"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/361"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ecoapres.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}