{"id":450,"date":"2025-06-04T23:52:18","date_gmt":"2025-06-04T21:52:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ecoapres.fr\/?p=450"},"modified":"2025-06-04T23:52:51","modified_gmt":"2025-06-04T21:52:51","slug":"les-illusions-perdues-dune-jeunesse-surdiplomee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ecoapres.fr\/?p=450","title":{"rendered":"Les illusions perdues d\u2019une jeunesse surdipl\u00f4m\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Les mutations du monde du travail et l\u2019accession entrav\u00e9e au logement d\u00e9sillusionnent des jeunes actifs \u00e2g\u00e9s de 23 \u00e0 30 ans. L\u2019obtention d\u2019un Bac + 5 ne suffit plus pour se pr\u00e9munir d\u2019un d\u00e9classement social, ph\u00e9nom\u00e8ne qui alimente le mal-\u00eatre des nouveaux entrants sur le march\u00e9 du travail. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Dans sa vie de jeune adulte, la passion a tr\u00e8s vite laiss\u00e9 place \u00e0 la d\u00e9sillusion. Rencontr\u00e9e un samedi apr\u00e8s-midi au c\u0153ur de la cit\u00e9 lilloise galvanis\u00e9e par le retour printanier du soleil, Ana\u00efs (son pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9), 29 ans, para\u00eet impassible. Dipl\u00f4m\u00e9e d\u2019un master de sociologie de l\u2019universit\u00e9 de Lille, elle encha\u00eene depuis trois ans des CDD et quelques missions d\u2019int\u00e9rim en r\u00e9gion lilloise. \u00ab&nbsp;<em>Je savais que les d\u00e9bouch\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas illimit\u00e9s. Mais gal\u00e9rer autant de temps, c\u2019\u00e9tait pas du tout pr\u00e9vu<\/em>&nbsp;\u00bb, confie la jeune nordiste, toujours domicili\u00e9e chez ses parents.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-background-color has-accent-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-abcab7f7e7901c3fc037514638bf0372\"><blockquote><p><em>\u00ab&nbsp;Dans ma t\u00eate, avoir un Bac + 5 \u00e9tait une assurance, une garantie<\/em> <em>de trouver quelque chose d\u2019assez stable. On est tr\u00e8s loin du compte&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ne se destinant ni \u00e0 l\u2019enseignement ni \u00e0 la recherche, la jeune active se voyait charg\u00e9e d\u2019\u00e9tudes dans le secteur public. \u00ab&nbsp;<em>M\u2019arr\u00eater au niveau licence \u00e9tait inenvisageable. Dans ma t\u00eate, avoir un Bac + 5 \u00e9tait une assurance, une garantie<\/em> <em>de trouver quelque chose d\u2019assez stable. On est tr\u00e8s loin du compte<\/em>&nbsp;\u00bb, soupire la future trentenaire. Actuellement assistante en ressources humaines dans le priv\u00e9 et employ\u00e9e sous contrat \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9, ses revenus plafonnent \u00e0 pr\u00e8s de 1 600 euros nets par mois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un indicateur en demi-teinte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les longues \u00e9tudes pr\u00e9munissent-elles encore du ch\u00f4mage&nbsp;et de la pr\u00e9carit\u00e9 ? Selon un rapport publi\u00e9 en 2023 par la direction des \u00e9tudes statistiques du minist\u00e8re de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, 78,1 % des dipl\u00f4m\u00e9s de master en 2021 occupaient, 18 mois apr\u00e8s leur sortie d\u2019\u00e9tudes, un emploi salari\u00e9. Parmi ces employ\u00e9s, 63,5 % d\u2019entre eux \u00e9taient \u00ab&nbsp;<em>ins\u00e9r\u00e9s en CDI dans le priv\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, notait l\u2019\u00e9tude. Autrement dit, la moiti\u00e9 des dipl\u00f4m\u00e9s de master n\u2019avait pas d\u00e9croch\u00e9 de CDI dix-huit mois apr\u00e8s leur sortie d\u2019\u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces tendances sont corrobor\u00e9es par l\u2019enqu\u00eate \u00ab&nbsp;G\u00e9n\u00e9ration 2017&nbsp;\u00bb men\u00e9e par le Centre d\u2019\u00e9tudes et de recherches sur les qualifications (C\u00e9req). Ax\u00e9e sur les trois premi\u00e8res ann\u00e9es de vie active des 77 000 jeunes ayant obtenu le dipl\u00f4me de master en 2017, cette \u00e9tude souligne que \u00ab&nbsp;<em>85 % des dipl\u00f4m\u00e9s de master sont en emploi trois ans apr\u00e8s l\u2019obtention de leur dipl\u00f4me<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-accent-background-color has-background\"><blockquote><p>\u00ab&nbsp;<em>Pour les sp\u00e9cialit\u00e9s Arts et lettres &amp; Sciences naturelles de la vie, l\u2019ad\u00e9quation <\/em><br><em>entre la formation et l\u2019emploi occup\u00e9 apr\u00e8s trois ann\u00e9es sur le march\u00e9 du travail <\/em><br><em>est la plus faible \u00bb<\/em>&nbsp;<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Cet indicateur global occulte toutefois des tendances sous-jacentes, aux implications cons\u00e9quentes. S\u2019il semble globalement satisfaisant, le taux d\u2019insertion professionnelle des surdipl\u00f4m\u00e9s varie toutefois selon la sp\u00e9cialit\u00e9 de formation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des in\u00e9galit\u00e9s d&rsquo;insertion seon les fili\u00e8res d&rsquo;\u00e9tudes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, trois ans apr\u00e8s leur sortie d\u2019\u00e9tudes, 59 % des dipl\u00f4m\u00e9s en informatique et 54 % des dipl\u00f4m\u00e9s en finance occupent un emploi de cadre et per\u00e7oivent des revenus sup\u00e9rieurs \u00e0 la moyenne des masters, \u00e9tablie \u00e0 1 930 euros nets mensuels. A contrario, seuls 16 % des dipl\u00f4m\u00e9s de sciences humaines &amp; sociales et 7 % des dipl\u00f4m\u00e9s d\u2019arts &amp; lettres ont poursuivi une telle trajectoire.<\/p>\n\n\n\n<p>In\u00e9gale selon les fili\u00e8res, l\u2019insertion professionnelle peut \u00eatre source de frustration pour nombre de n\u00e9o-dipl\u00f4m\u00e9s, notamment en cas de d\u00e9corr\u00e9lation entre la sp\u00e9cialit\u00e9 d\u2019\u00e9tudes et le secteur d\u2019activit\u00e9. \u00ab&nbsp;<em>Pour les sp\u00e9cialit\u00e9s Arts et lettres et Sciences naturelles de la vie, l\u2019ad\u00e9quation entre la formation et l\u2019emploi occup\u00e9 apr\u00e8s trois ann\u00e9es sur le march\u00e9 du travail est la plus faible<\/em>&nbsp;\u00bb, note le C\u00e9req, avan\u00e7ant entre autres un \u00ab&nbsp;<em>manque de d\u00e9bouch\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La diversit\u00e9 des trajectoires emprunt\u00e9es par les jeunes actifs surdipl\u00f4m\u00e9s se traduit par un \u00e9cart de r\u00e9mun\u00e9rations cons\u00e9quent. Trois ans apr\u00e8s leur diplomation, les \u00e9tudiants en Finance per\u00e7oivent en moyenne un salaire culminant \u00e0 2 480 euros, selon l\u2019\u00e9tude du C\u00e9req. Lanternes rouges du classement, les dipl\u00f4m\u00e9s de master d\u2019Arts et d\u2019\u00c9ducation sont respectivement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, en moyenne, 1 680 et 1 720 euros nets mensuels.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un d\u00e9classement professionnel objectiv\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De longues \u00e9tudes ne facilitent donc plus, comme autrefois, une insertion professionnelle conjuguant stabilit\u00e9 et r\u00e9mun\u00e9ration suffisante. \u00ab&nbsp;<em>Les dipl\u00f4m\u00e9s de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur qui arrivent sur le march\u00e9 du travail sont plus nombreux, et c\u2019est une bonne nouvelle. Mais en parall\u00e8le, le march\u00e9 de l\u2019emploi n\u2019a pas enti\u00e8rement suivi cette progression&nbsp;: le nombre de postes de cadres n\u2019a augment\u00e9 aussi vite que le nombre d\u2019inscrits dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur<\/em>&nbsp;\u00bb, observe Anne Brunner, directrice des \u00e9tudes \u00e0 l\u2019Observatoire des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Cons\u00e9quence logique de cette discordance : des jeunes actifs n\u2019acc\u00e8dent pas au niveau d\u2019emploi auxquels ils pouvaient pr\u00e9tendre avec leur dipl\u00f4me. Ce d\u00e9classement professionnel n\u2019est pas qu\u2019un \u00ab&nbsp;sentiment&nbsp;\u00bb, mais bien un fait objectiv\u00e9 au fil des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-accent-background-color has-background\"><blockquote><p>\u00ab&nbsp;<em>Par rapport \u00e0 ce qu\u2019avaient droit leurs parents avec un m\u00eame dipl\u00f4me, ces dipl\u00f4m\u00e9s acc\u00e8dent \u00e0 des postes moins qualifi\u00e9s, avec moins d\u2019autonomie, plus de contraintes et des t\u00e2ches plus r\u00e9p\u00e9titives<\/em>. \u00bb<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Dans les ann\u00e9es 1980, 76 % des \u00e9tudiants qui sortaient de l\u2019\u00e9cole avec un Bac +2, acc\u00e9daient \u00e0 un poste de cadre ou de profession interm\u00e9diaire. Aujourd\u2019hui, quand ils d\u00e9butent sur le march\u00e9 du travail, les Bac + 2 ne sont plus que 53 % \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 ce type d\u2019emploi<\/em>, fait remarquer la sociologue Anne Brunner.<em> Par rapport \u00e0 ce qu\u2019avaient droit leurs parents avec un m\u00eame dipl\u00f4me, ces dipl\u00f4m\u00e9s acc\u00e8dent \u00e0 des postes moins qualifi\u00e9s, avec moins d\u2019autonomie, plus de contraintes et des t\u00e2ches plus r\u00e9p\u00e9titives<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pis, l\u2019ombre du ch\u00f4mage plane sur un nombre croissant de jeunes surdipl\u00f4m\u00e9s. En 1998, le taux de ch\u00f4mage des dipl\u00f4m\u00e9s de master \u00e9tait de 5 %, selon le C\u00e9req. Il est d\u00e9sormais de 9 % pour la g\u00e9n\u00e9ration des dipl\u00f4m\u00e9s de 2017. &nbsp;M\u00eame pour ceux occupant un emploi, l\u2019arriv\u00e9e sur le march\u00e9 du travail sonne le glas de plusieurs ann\u00e9es d\u2019illusions, d\u00e9bouchant sur une position sociale en d\u00e9clin par rapport \u00e0 leurs aspirations ou leurs attentes initiales.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9calage entre les aspirations et les conditions r\u00e9elles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa note \u00ab&nbsp;Les jeunes et le travail&nbsp;: aspirations et d\u00e9sillusions des 16-30 ans&nbsp;\u00bb parue en avril 2025, l\u2019Institut Montaigne souligne le rapport qu\u2019entretient cette frange de la jeunesse avec le monde du travail. \u00ab&nbsp;<em>Un groupe significatif se distingue par un profond mal-\u00eatre personnel et une d\u00e9tresse psychologique<\/em>&nbsp;\u00bb, notent les auteurs de la note, ajoutant que \u00ab&nbsp;<em>ces difficult\u00e9s trouvent souvent leur origine dans une orientation scolaire per\u00e7ue comme inadapt\u00e9e, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui alimente des parcours pr\u00e9caires et un sentiment de d\u00e9classement<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois encore, les dipl\u00f4m\u00e9s de lettres et des sciences humaines &amp; sociales sont ceux qui \u00e9prouvent, parmi tous ceux issus d\u2019une fili\u00e8re longue, le plus de frustration globale dans le travail. Deux crit\u00e8res sont ici avanc\u00e9s&nbsp;: la r\u00e9mun\u00e9ration et la proportion de temps libre, \u00ab&nbsp;<em>soulignant un d\u00e9calage profond entre les aspirations des jeunes et les conditions r\u00e9elles de leur emploi<\/em>&nbsp;\u00bb, estiment les auteurs de l\u2019\u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<p>Signe d\u2019une certaine \u00e9volution du monde du travail, l\u2019entr\u00e9e dans la vie active des n\u00e9o-dipl\u00f4m\u00e9s se fait bien davantage sous le signe de la pr\u00e9carit\u00e9. \u00ab&nbsp;<em>22 % des dipl\u00f4m\u00e9s sont confront\u00e9s \u00e0 un emploi pr\u00e9caire cinq ans apr\u00e8s leur sortie d\u2019\u00e9tudes. Si l\u2019augmentation de la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019emploi p\u00e8se massivement sur les jeunes non-dipl\u00f4m\u00e9s, elle affecte tout de m\u00eame les dipl\u00f4m\u00e9s du sup\u00e9rieur, qui n\u2019\u00e9taient que 13 % \u00e0 \u00eatre concern\u00e9s par cette probl\u00e9matique en 1985&nbsp;<\/em>\u00bb, rappelle Anne Brunner.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le mal-logement, carburant du sentiment de d\u00e9classement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour un nombre croissant de jeunes dipl\u00f4m\u00e9s, les contrats pr\u00e9caires s\u2019encha\u00eenent et retardent l\u2019obtention d\u2019un CDI. Or, c\u2019est ce dernier qui leur permet de concr\u00e9tiser des projets personnels, notamment l\u2019achat d\u2019un logement. Une qu\u00eate complexifi\u00e9e pour l\u2019ensemble des primo-acc\u00e9dants, tous niveaux de r\u00e9mun\u00e9ration confondus, sur fond de grave crise du logement.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-accent-background-color has-background\"><blockquote><p>\u00ab&nbsp;<em>Les personnes qui d\u00e9clarent avoir du mal \u00e0 faire face \u00e0 leurs d\u00e9penses de logement tendent 2,4 fois plus souvent que les autres \u00e0 se classer dans le bas de l\u2019\u00e9chelle sociale<\/em> \u00bb&nbsp;<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019augmentation des prix du march\u00e9 immobilier, cumul\u00e9e \u00e0 la hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats et \u00e0 la chute de la construction neuve, fige le parcours r\u00e9sidentiel et ne permet pas aux nouveaux entrants, en particulier aux jeunes, de disposer de logements abordables.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, les difficult\u00e9s de se loger alimentent le sentiment de d\u00e9classement social. En 2010, le Centre de recherche pour l\u2019\u00c9tude et l\u2019Observatoire des Conditions de Vie (Cr\u00e9doc) a eu l\u2019originalit\u00e9 de demander \u00e0 des Fran\u00e7ais de se classer eux m\u00eame dans une cat\u00e9gorie sociale. 66 % des r\u00e9pondants affirmaient appartenir \u00e0 la classe moyenne. \u00c0 \u00e2ge identique, les chercheurs notaient que \u00ab&nbsp;<em>les personnes qui d\u00e9clarent avoir du mal \u00e0 faire face \u00e0 leurs d\u00e9penses de logement tendent 2,4 fois plus souvent que les autres \u00e0 se classer dans le bas de l\u2019\u00e9chelle sociale<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mal-\u00eatre est exprim\u00e9 sans fard par David (<em>voir portrait<\/em>), 25 ans, install\u00e9 \u00e0 Ajaccio (Corse-du-Sud) et dipl\u00f4m\u00e9 d\u2019un master de Droit de l\u2019universit\u00e9 Aix-Marseille. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai un emploi en CDI, une petite amie, des engagements associatifs. J\u2019ai besoin de place, je me sens \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans ma chambre d\u2019ado<\/em>&nbsp;\u00bb, confie-t-il. Employ\u00e9 dans la fonction territoriale, le vingtenaire passe encore ses nuits dans l\u2019appartement familial, situ\u00e9 en p\u00e9riph\u00e9rie de la cit\u00e9 imp\u00e9riale. \u00ab<em>&nbsp;J\u2019ai une vie qui n\u2019est pas encore compl\u00e8te. J\u2019ai l\u2019impression de faire un sprint et de ne pas arriver jusqu\u2019au bout. \u00c0 mon \u00e2ge, mes parents \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 ind\u00e9pendants, moi, je ne suis toujours pas autonome<\/em>&nbsp;\u00bb, d\u00e9plore-t-il. T\u00e9moignant d\u2019un \u00ab&nbsp;d\u00e9classement interg\u00e9n\u00e9rationnel&nbsp;\u00bb, le jeune actif compte sur la baisse des taux et l\u2019assouplissement des conditions de pr\u00eat pour contracter un cr\u00e9dit \u00e0 des conditions avantageuses. Et amorcer, enfin, son chemin vers l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les jeunes actifs \u00e9pris d\u2019alternatives<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9tropoles ou villes moyennes, toutes les aires urbaines de l\u2019Hexagone sont confront\u00e9es \u00e0 un march\u00e9 locatif sous tension. Signe d\u2019un changement d\u2019\u00e8re dict\u00e9 par la baisse des r\u00e9mun\u00e9rations \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la vie active, les colocations, autrefois l\u2019apanage des \u00e9tudiants, sont d\u00e9sormais pris\u00e9s, malgr\u00e9 eux, par des jeunes actifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon La Carte des colocs, une plateforme d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la recherche de colocations, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e2ge moyen des colocataires est de 27 ans, en augmentation constante depuis 10 ans<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e2ge moyen culmine m\u00eame \u00e0 29 ans \u00e0 Paris, o\u00f9 50 % des profils cr\u00e9\u00e9s en 2023 \u00e9taient des jeunes actifs, selon les donn\u00e9es du site reprises par <em>Le Monde<\/em>. Cette proportion de jeunes actifs est \u00e9galement en progression, culminant \u00e0 53 % en 2024 en surpassant celle des \u00e9tudiants (45 %).<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9carisation des jeunes travailleurs surdipl\u00f4m\u00e9s s\u2019illustre de m\u00eame par l\u2019attractivit\u00e9 grandissante des foyers de jeunes travailleurs. Dans la m\u00e9tropole lilloise, l\u2019Union r\u00e9gionale pour l\u2019Habitat des Jeunes (URHAJ) s\u2019active pour \u00ab&nbsp;<em>recevoir, conseiller et orienter 5 000 jeunes<\/em>&nbsp;\u00bb, d\u00e9crit Menouar Malki, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 r\u00e9gional de l\u2019URHAJ des Hauts-de-France. L\u2019association propose par ailleurs pr\u00e8s de 900 logements \u00e0 Lille, une offre sous-dimensionn\u00e9e au regard des sollicitations&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>on ne r\u00e9pond uniquement qu\u2019\u00e0 9 % de la demande de logement<\/em>&nbsp;\u00bb, d\u00e9plore le repr\u00e9sentant r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sentiments d\u2019abandon et d\u2019injustice<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La situation actuelle inqui\u00e8te ce connaisseur du march\u00e9 du logement lillois, qui note une \u00ab&nbsp;<em>accentuation de la crise<\/em>&nbsp;\u00bb survenue au lendemain de la crise sanitaire. \u00ab&nbsp;<em>Le logement est un droit inscrit dans la Constitution, mais on l\u2019a laiss\u00e9 dans les mains de la finance<\/em>&nbsp;\u00bb, soupire-t-il. Parmi les jeunes sollicitant un logement \u00e0 prix abordable, le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 r\u00e9gional constate la pr\u00e9sence de \u00ab&nbsp;<em>profils de jeunes Bac + 5 qui ont un contrat de travail, mais qui ne parviennent pas \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 un logement du fait de leur nom ou de la pr\u00e9carisation de leurs documents administratifs<\/em>&nbsp;\u00bb. Cumul\u00e9es \u00e0 la conjoncture \u00e9conomique, ces discriminations ethno-raciales constituent un frein suppl\u00e9mentaire \u00e0 l\u2019ascenseur social pour une partie des jeunes actifs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-accent-background-color has-background\"><blockquote><p>\u00ab\u00a0<em>Nous avons des retours sur le fait que certains en viennent \u00e0 louer des boxes de garages, les am\u00e9nagent et dorment dans leur voiture<\/em>\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Encha\u00eenant les contrats pr\u00e9caires et exclu d\u2019un march\u00e9 locatif sous tension, des jeunes actifs se tourneraient vers des alternatives jusqu\u2019alors inconcevables. \u00ab&nbsp;<em>Nous avons des retours sur le fait que certains en viennent \u00e0 louer des boxes de garages, les am\u00e9nagent et dorment dans leur voiture<\/em>&nbsp;\u00bb, confie Menouar Malki. Illustration extr\u00eame du d\u00e9clin \u00e9conomique d\u2019une partie d\u00e9finitivement d\u00e9senchant\u00e9e de la jeunesse dipl\u00f4m\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9volutions du monde du travail, d\u00e9corr\u00e9l\u00e9es de la d\u00e9mocratisation de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, ont d\u00e9valu\u00e9 les grands dipl\u00f4mes et les longues \u00e9tudes, notamment celles de sciences humaines &amp; sociales. \u00c9tudier permet-il d\u2019obtenir une meilleure position sociale que celle occup\u00e9e par ses a\u00efeux&nbsp;? Seuls pr\u00e8s de 47 % des jeunes europ\u00e9ens estiment que leur niveau de vie sera meilleur que celui de leurs parents, contre pr\u00e8s de 70 % des jeunes sud-asiatiques, selon l\u2019Organisation international du Travail.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;G\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e&nbsp;\u00bb au lendemain de la crise financi\u00e8re de 2009, \u00ab&nbsp;jeunesse sacrifi\u00e9e&nbsp;\u00bb au sortir de la crise sanitaire en 2021\u2026 Les cons\u00e9quences sociales et \u00e9conomiques des chocs exog\u00e8nes subie par la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u2013 et plus globalement par celles occidentales \u2013 place les plus jeunes g\u00e9n\u00e9rations en premi\u00e8re ligne. Celles-ci expriment un sentiment croissant de d\u00e9classement social qui ne parvient, pour l\u2019heure, \u00e0 \u00eatre r\u00e9sorb\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sentiments d\u2019injustice et d\u2019abandon alimentent la d\u00e9fiance des administr\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit des responsables politiques. Les jeunes votent moins&nbsp;: 23 % des primo-votants s\u2019\u00e9taient abstenus \u00e0 la pr\u00e9sidentielle et aux l\u00e9gislatives de 2022, marquant une hausse de 9 points vis-\u00e0-vis des primo-votants de 2002, selon l\u2019Injep. Cette g\u00e9n\u00e9ration c\u00e8de \u00e9galement aux sir\u00e8nes du vote contestataire, compl\u00e9tant progressivement les rangs du Rassemblement National (RN). En juillet 2024, 32 % des moins de 35 ans ont vot\u00e9 pour un candidat estampill\u00e9 RN, contre 18 % en 2022, selon l\u2019Ipsos. \u00c0 l\u2019image de la classe ouvri\u00e8re, ancien pilier de la gauche conquis par le discours enflamm\u00e9 du Front national (ex-RN), un nombre croissant de jeunes se tournent vers le vote extr\u00e9miste, exprimant leur d\u00e9senchantement et leurs tourments encore non r\u00e9solus.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:800\"><strong>PORTRAIT. Les aspirations inachev\u00e9es d\u2019un jeune actif en CDI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/ecoapres.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pexels-itsmethomas-10963723-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-464\" srcset=\"https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pexels-itsmethomas-10963723-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pexels-itsmethomas-10963723-300x200.jpg 300w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pexels-itsmethomas-10963723-768x512.jpg 768w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pexels-itsmethomas-10963723-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pexels-itsmethomas-10963723-2048x1365.jpg 2048w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pexels-itsmethomas-10963723-1200x800.jpg 1200w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pexels-itsmethomas-10963723-1980x1320.jpg 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>David, 25 ans, est titulaire d&rsquo;un Master et est employ\u00e9 en CDI (illustration)<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Croit-il encore aux promesses de l\u2019aube&nbsp;? Celles des possibilit\u00e9s infinies que peut offrir son futur, l\u2019espoir d\u2019accomplir ses nombreuses aspirations, de r\u00e9aliser enfin une ascension sociale tant souhait\u00e9e&nbsp;? David*, n\u00e9 en l\u2019an 2000, est un jeune adulte qui doute. Dans le froid hivernal du mois de f\u00e9vrier, ce dipl\u00f4m\u00e9 d\u2019un master de Droit nous donne rendez-vous dans un caf\u00e9 \u00e0 Ajaccio (Corse-du-Sud). \u00c0 l\u2019abri du vent glacial qui fa\u00e7onne, devant nous, les vagues houleuses de la mer, le vingtenaire ne refoule aucune de ses frustrations.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour, cet employ\u00e9 dans la fonction territoriale a un CDI, une copine, des passe-temps. La nuit, il r\u00eave encore dans son lit d\u2019adolescent, sous le toit familial, en p\u00e9riph\u00e9rie de la cit\u00e9 portuaire. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai une vie qui m\u2019est propre et qui d\u00e9passe le seul cadre de la famille. Avoir mon bien concr\u00e9tiserait mon autonomie<\/em>, <em>alors \u00e9videmment, je veux acheter le plus t\u00f4t possible <\/em>\u00bb, se d\u00e9sole le vingtenaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la nature rudimentaire de ses exigences de recherche \u2013 surface de 30 m2 tol\u00e9r\u00e9e -, ce surdipl\u00f4m\u00e9 ne parvient pas \u00e0 devenir propri\u00e9taire. Le contexte est sensible, m\u00ealant hausse de prix et contraction in\u00e9dite de l\u2019offre de biens, sur fond d\u2019une surrepr\u00e9sentation de r\u00e9sidences secondaires dans le parc immobilier insulaire&nbsp;: pr\u00e8s de 37,4 % contre 9,9 % au niveau national en 2024, selon l\u2019Insee. Une moyenne r\u00e9gionale en progression, \u00e9tablie \u00e0 28 % en 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Les difficult\u00e9s d\u2019accession au logement minent le moral de cet employ\u00e9 en CDI. \u00ab&nbsp;<em>Il y a des hauts des bas. Au moment o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 solvable, j\u2019\u00e9tais dans l\u2019euphorie. J\u2019ai compris que j\u2019allais bient\u00f4t avoir mon propre bien, la banque m\u2019avait valid\u00e9 qu\u2019un pr\u00eat \u00e9tait faisable<\/em>&nbsp;\u00bb, se souvient-il, avant de marquer un temps d\u2019arr\u00eat. Le silence n\u2019a pas le temps de s\u2019installer. \u00ab&nbsp;<em>Les mois suivants, j\u2019ai eu la lassitude de ne pas trouver, que \u00e7a n\u2019aille pas aussi vite que je voulais. Je suis maintenant r\u00e9sign\u00e9, tout en pensant que \u00e7a tombera un jour ou l\u2019autre<\/em>&nbsp;\u00bb, souffle-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>David dresse un parall\u00e8le entre son exp\u00e9rience personnelle et la conjoncture actuelle, dont il subit de plein fouet les cons\u00e9quences. Elle renforce sa d\u00e9termination \u00e0 militer pour l\u2019autonomie de la Corse. \u00ab&nbsp;<em>En l\u00e9gif\u00e9rant nous-m\u00eame, nous d\u00e9fendrons nos int\u00e9r\u00eats et nous combattrons plus efficacement contre la sp\u00e9culation immobili\u00e8re, mais aussi fonci\u00e8re, qui profite aujourd\u2019hui \u00e0 beaucoup de continentaux<\/em>&nbsp;\u00bb, estime-t-il. Au sentiment de d\u00e9classement social se conjugue celui du d\u00e9classement territorial, l\u2019un des carburants du vote nationaliste.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>INTERVIEW<\/strong>. <strong>Crise de l\u2019immobilier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les premi\u00e8res victimes sont les jeunes \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pierre Madec<strong>, <\/strong>\u00e9conomiste \u00e0 l\u2019OFCE et enseignant \u00e0 Sciences-Po Paris, d\u00e9crypte les cons\u00e9quences de la crise historique du logement pour les jeunes actifs et les m\u00e9nages pr\u00e9caires, premi\u00e8res cibles d\u2019une conjoncture qui alimente leur sentiment de d\u00e9classement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"551\" src=\"https:\/\/ecoapres.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1000.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-454\" srcset=\"https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1000.jpeg 1000w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1000-300x165.jpeg 300w, https:\/\/ecoapres.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1000-768x423.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Pierre Madec, \u00e9conomiste \u00e0 l&rsquo;OFCE. (DR)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le cas de David* [<em>lire ci-dessus, ndlr<\/em>] illustre dans quelle mesure les difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au logement peuvent alimenter le sentiment de d\u00e9classement exprim\u00e9 par les jeunes actifs. Est-ce une tendance v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 plus grande \u00e9chelle&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, le sentiment de d\u00e9classement est tr\u00e8s bien document\u00e9 du point de vue \u00e9conomique. Les premi\u00e8res victimes des dynamiques du march\u00e9 de l\u2019immobilier sont les jeunes. Les jeunes sont mobiles, or ce sont les personnes mobiles qui subissent les co\u00fbts de logement les plus importants. Dipl\u00f4m\u00e9s ou pas dipl\u00f4m\u00e9s, ce sont les jeunes qui sont les plus pr\u00e9caires au regard de leur situation. Autant le retour de \u00ab&nbsp;l\u2019agilit\u00e9&nbsp;\u00bb sur le march\u00e9 du travail est vant\u00e9, autant le march\u00e9 de l\u2019immobilier ne l\u2019est pas par nature. Du coup, ceux qui sont perdants quand il y a une concurrence plus accrue sur le march\u00e9 du logement, ce sont les plus pr\u00e9caires, les plus agiles, donc les plus jeunes. Ils arrivent sur le march\u00e9 et sont perdants, ils paieront des loyers plus chers que ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 en place et sont plus confront\u00e9s \u00e0 l\u2019absence d\u2019offre de logement que les autres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout simplement parce que les jeunes concentrent leurs recherches sur les zones les plus tendues, l\u00e0 o\u00f9 le march\u00e9 du travail est le plus attractif. Or, c\u2019est bien l\u00e0 o\u00f9 le d\u00e9s\u00e9quilibre entre l\u2019offre et la demande de logements est le plus important. La crise est concentr\u00e9e dans les zones les plus attractives, urbaines, tendues. Les jeunes actifs sont le plus en concurrence sur un type de logement donn\u00e9, et du fait de leurs caract\u00e9ristiques, seront privil\u00e9gi\u00e9s un m\u00e9nage plus \u00e2g\u00e9, un couple avec des revenus plus stables, avec un contrat de travail plus stable, avec potentiellement un apport personnel, etc. Vis-\u00e0-vis des crises du logement, tant structurelles que conjoncturelles, les principaux perdants sont les plus pauvres. Mais en termes de cat\u00e9gorie d\u2019\u00e2ge, ce sont les plus jeunes qui sont les grands perdants.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sur l\u2019ensemble du territoire, la crise du logement ne se r\u00e9sorbe pas et impacte de plus en plus de m\u00e9nages. Comment en est-on arriv\u00e9s l\u00e0&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs crises se chevauchent sur la p\u00e9riode r\u00e9cente. Depuis vingt-cinq ans, on observe des difficult\u00e9s croissantes pour les m\u00e9nages les plus modestes, notamment les jeunes. Il y a une crise du logement cher. Les prix de l\u2019immobilier ont \u00e9t\u00e9 largement soutenus par l\u2019assouplissement des conditions de cr\u00e9dit \u00e0 destination d\u2019une partie des m\u00e9nages. Mais les m\u00e9nages les plus pr\u00e9caires ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 l\u2019augmentation des prix, sans b\u00e9n\u00e9ficier de cet assouplissement du march\u00e9 du cr\u00e9dit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais d\u00e9sormais, la crise du logement n\u2019impacte plus seulement les m\u00e9nages pr\u00e9caires, en t\u00e9moigne la situation de David\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 fait. \u00c0 ces difficult\u00e9s s\u2019est ajout\u00e9e une crise conjoncturelle, qui est arriv\u00e9e r\u00e9cemment. Les taux ont augment\u00e9, resserrant les conditions de cr\u00e9dit. Beaucoup de m\u00e9nages se sont ainsi retrouv\u00e9s d\u00e9solvabilis\u00e9s, et n\u2019ont plus r\u00e9ussi \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Ces m\u00e9nages, souvent primo-acc\u00e9dants, sont dans le march\u00e9 locatif priv\u00e9 et souhaitent acheter un appartement ou une maison. Ce sont des m\u00e9nages jeunes qui vivent g\u00e9n\u00e9ralement dans une zone tendue. Comme ils ne peuvent pas acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, ils restent dans leur logement et ne lib\u00e8rent pas de logement. Si ces m\u00e9nages ne lib\u00e8rent pas leurs logements, alors les nouveaux entrants, bien plus jeunes et souvent plus pr\u00e9caires, ont encore moins de logements \u00e0 disposition. Au-del\u00e0 de la crise conjoncturelle, c\u2019est tout le parcours r\u00e9sidentiel qui se retrouve encore plus paralys\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 reste un r\u00eave d\u2019une majorit\u00e9 de locataires. Pourquoi est-il aujourd\u2019hui plus difficile de devenir propri\u00e9taire&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est devenu plus compliqu\u00e9, m\u00eame malgr\u00e9 l\u2019assouplissement des conditions de cr\u00e9dit, parce que les prix ont augment\u00e9. Depuis 25 ans, il y a une d\u00e9connexion entre les revenus des m\u00e9nages et les prix de l\u2019immobilier, d\u00e9sormais tir\u00e9s par les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat et l\u2019allongement des dur\u00e9es d\u2019emprunt. Ce m\u00e9canisme d\u2019assouplissement massif a fait plus de perdants que de gagnants&nbsp;: il y a une baisse du nombre d\u2019acc\u00e9dants \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et une augmentation des non-acc\u00e9dants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n\u2019est pas vrai de partout, le territoire fran\u00e7ais n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 autant fragment\u00e9e en termes de prix de l\u2019immobilier, avec des zones \u00e0 10 000 ou 15 000 euros le m2, et des zones \u00e0 1 000 ou 1 500 euros. Derri\u00e8re les difficult\u00e9s d\u2019accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, il y a bien la crise du logement cher.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quels m\u00e9nages peuvent se permettre de devenir propri\u00e9taires aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela d\u00e9pend des zones dans lesquelles on se trouve. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on sait que les transmissions interg\u00e9n\u00e9rationnelles sont de plus en plus importantes. \u00catre issu d\u2019une famille qui a les moyens de vous aider financi\u00e8rement est un vrai d\u00e9clencheur d\u2019achat, ce qui n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment le cas dans les ann\u00e9es 1990. Il y a une reproduction des in\u00e9galit\u00e9s interg\u00e9n\u00e9rationnelles. Puis naturellement, il est plus simple d\u2019\u00eatre propri\u00e9taire l\u00e0 o\u00f9 l\u2019immobilier est le moins cher et lorsque vous avez un bon niveau de ressources.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelles sont les diff\u00e9rentes cons\u00e9quences de l\u2019enlisement de ce march\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences sont nombreuses. L\u2019\u00e9volution des prix de l\u2019immobilier est le facteur pr\u00e9dominant pour expliquer l\u2019explosion des in\u00e9galit\u00e9s de patrimoine, entre les g\u00e9n\u00e9rations et au sein-m\u00eame des g\u00e9n\u00e9rations. Le deuxi\u00e8me effet est \u00e9conomique&nbsp;: sans construction de logement sociaux ni r\u00e9gulation, la concentration de l\u2019activit\u00e9 dans les grands p\u00f4les urbains fait augmenter m\u00e9caniquement les prix. Par cons\u00e9quent, les travailleurs urbains se logent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de ces p\u00f4les, provoquant de l\u2019\u00e9talement urbain et une augmentation des temps de transport.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelles solutions d\u00e9fendez-vous pour r\u00e9sorber cette crise du logement&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On a laiss\u00e9 le march\u00e9 s\u2019emballer, et les prix sont d\u00e9sormais trop \u00e9lev\u00e9s. On peut agir sur plusieurs leviers. D\u2019abord celui du logement neuf&nbsp;: on a des moyens de produire moins cher, avec les offices fonciers solidaires, la dissociation du foncier et du b\u00e2ti, la production de logements sociaux\u2026 Des dispositifs qui encouragent la production neuve sans avoir un effet inflationniste. Sur le levier de l\u2019ancien, on peut r\u00e9guler en mobilisant les logements qui existent mais qui ne servent pas \u00e0 loger des personnes \u00e0 l\u2019ann\u00e9e, comme les r\u00e9sidences secondaires ou les meubl\u00e9s de tourisme. Il faut une r\u00e9gulation de la part de la puissance publique, afin que des r\u00e9sidences secondaires deviennent des r\u00e9sidences principales. Le neuf ne pourra pas r\u00e9pondre, seul, \u00e0 la crise du logement, alors m\u00eame que les personnes qui font vivre le territoire \u00e0 l\u2019ann\u00e9e n\u2019arrivent plus \u00e0 se loger localement.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mutations du monde du travail et l\u2019accession entrav\u00e9e au logement d\u00e9sillusionnent des jeunes actifs \u00e2g\u00e9s de 23 \u00e0 30 ans. L\u2019obtention d\u2019un Bac + 5 ne suffit plus pour se pr\u00e9munir d\u2019un d\u00e9classement social, ph\u00e9nom\u00e8ne qui alimente le mal-\u00eatre des nouveaux entrants sur le march\u00e9 du travail. 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